Module 9. Les genres didactiques. 48 interactions. 51 QCM.

On a vu que dans les genres spontanés, les circonstances sont déterminantes; que dans les genres pratiques, ce qui compte est une fonction à remplir dans la société; mais les genres didactiques? Comment les caractériser? L'information, par exemple, qui joue un rôle de plus en plus décisif, sur la scène internationale, est-elle de type pratique ou didactique?
Réaction 1


Elle est de type pratique si elle se limite à des contenus informatifs à transmettre. Pour qu'elle devienne didactique, il faudrait qu'elle "forme" en informant, qu'il se crée une relation de formation de ceux qui la reçoivent. Ils acquièrent plus que des données factuelles, ils élargissent leur capacité d'agir et pas seulement leurs connaissances. La possibilité d'acquérir un savoir faire, ou du moins un savoir penser, est déterminante dans les genres didactiques.

La dissertation, qui a sera traitée avec un soin particulier dans un chapitre ultérieur, appartient-elle aux genres didactiques?
Réaction 2


C'en est un bon exemple : en discutant diverses options, elle amène le lecteur à se forger une opinion qui déterminera ses jugements et ses interventions. Il y a donc information et formation, et le personnage de l'auteur occupe une place dominante. Magister dixit.

N'y a-t-il pas quelque chose de didactique dans le conte, la fable, l'apologue, qui ont pourtant été classés parmi les genres spontanés?
Réaction 3


Sans doute, dans la mesure où il y a une "morale de la fable", mais il s'agit aussi, et d'abord, de divertir, comme dans la devinette.

La maxime.

Le premier genre, historiquement, à avoir pris nettement une allure didactique est le proverbe, la maxime : formule concise, destinée à être mise en mémoire, et à fournir une indication sur la conduite à tenir ou la manière de comprendre et de voir les choses (la weltanschaung).
Michaux découvre que, pendant son sommeil, il peut faire apparaître son fantôme coléreux auprès des gens qui l'ont agacé pendant la journée. «Mais en magie -- si c'en est -- qui n'est pas fort est victime».
1 L'assertion revêt une forme travaillée (maxime).
2 Il s'agit d'une vérité d'expérience mise en formule figée, mais adaptable à divers contextes (locution proverbiale).
3 Formule exprimant un enseignement (précepte).
4 L'auteur se donne à lui-même une directive assez générale (devise).
Réaction 4


La morale de la fable (Gardons-nous de rien dédaigner) se fixe dans les esprits des auditeurs. Elle peut devenir proverbe (Tant va la cruche à l'eau...) Mais elle acquiert par là tout le poids, toute l'autorité du groupe, de la société. Alors, elle n'est plus seulement didactique. Elle est déjà normative... et même littéraire. Car elle a aussi un aspect poétique (rythme et images) et sa structure lapidaire (ellipses, définitions) favorise la mémorisation, l'utilisation fréquente, le succès durable. Elle est à l'origine de bien des types de texte.

Nous la retrouverons plus loin, parmi les genres normatifs que la littérature actuelle peut transformer. Ici, prenons-la avant son entrée dans l'usage et la morale, quand elle n'est encore que parole mémorable, mot historique.

Le mot historique.

Le mot historique n'est qu'une parole devenue célèbre, le plus souvent parce qu'elle a été prononcée par une personnalité en vue, dans une circonstance qui devait retenir l'attention. C'est "l'Algérie de Papa" de De Gaulle : une parole au contenu typique, et qui peut entrer dans l'usage : tout ce à quoi n'importe qui allait renoncer, les wagons de première classe, la voiture avec chauffeur, devenait «de Papa». Il s'agit aussi, parfois, d'un trait d'esprit. Ex. Du leader d'un parti fasciste, le roi des Belges aurait dit: "prétentieux, suffisant ...mais insuffisant". Ou bien ce sont les dernières paroles d'un mourant. Ex. "Mehr licht (Plus de lumière)" (Goethe).

Y a-t-il un utilisation littéraire de la parole mémorable?
Réaction 5


La plus courante est très didactique : c'est la citation. Le passage emprunté à un auteur pour appuyer ce que l'on dit ou pour orner un texte, est un fragment de texte qui, en retenant l'attention, est en passe de devenir un mot d'auteur.

Que faut-il pour que la parole prononcée ou le texte rédigé devienne citation éventuelle? Il suffit qu'il ait retenu l'attention?
Réaction 6


Il faut qu'il soit mémorisé tant pour le fond que dans la forme, et qu'on ait un avantage à en rattacher l'idée à son auteur, plutôt que de la resservir comme sienne. Citer c'est invoquer l'autorité d'un auteur qu'on juge digne d'être connu (à défaut de se présenter soi-même comme tel!)

Mais il y a peut-être une contrainte supplémentaire.
On lit dans la Princesse de Clèves: «Et ce qui marque encore mieux un véritable attachement, c'est de devenir entièrement opposé à ce que l'on était...» Que manque-t-il à cette phrase pour être une sentence?
1 La brièveté.
2 Le mot amour plutôt qu'attachement.
3 L'autonomie.
4 (C'est une sentence)
Réaction 7


C'est donc la «pensée», voire le fragment, qui peuvent être cités, répétés, qui seraient le genre didactique le plus ancien et le plus succinct.

«Pensée», fragment, fusée.

Vous arrive-t-il d'avoir, non pas une idée, ou un plan, ou une détermination à réaliser un projet, mais une pensée : l'expression appropriée d'une relation qui, méritant la considération de tous, peut prendre place (sur un ton posé et compétent) au bon moment d'une conversation ou d'une intervention en assemblée, pour expliquer ou justifier un projet commun? Pouvez-vous vous en rappeler les termes à peu près exacts?
Réaction 8


La «pensée» tend sans doute vers la concision mais pas autant que la maxime. C'est un énoncé consistant dans son contenu, ramassé, qui exprime une vérité ou une idée personnelle. Il ne s'agit pas nécessairement d'une vérité collective ou universelle comme la sentence, mais plutôt d'une vérité tirée d'une expérience, présentée comme un point de vue sur le monde et assumée par le locuteur. Même si cette vérité est généralisable, sa prise en charge par une personne particulière signale aux autres qu'ils ne doivent pas la considérer comme indiscutable et définitive. La subjectivité est donc plus marquée ici que dans la maxime : le JE y est fréquent. Il est dans le contexte comme énonciateur et l'interlocuteur aussi est invité à réagir en tant que sujet. Comme genre littéraire, la «pensée» est un partage, une offre de rapprochement des points de vue.

Cela veut-il dire que la «pensée» soit nécessairement admirable et morale?
Réaction 9


Que l'on aime les citations de Nietzsche, de Bataille, de Genêt ne prouve nullement le contraire car c'est quand on les admire, dans leur révolte contre la morale établie, et pour la contester, qu'on les cite. Mais il y a plus car le risque du poncif, du stéréotype, du préjugé est toujours très présent. Il y a pour la «pensée» comme genre didactique une obligation d'échapper à la banalité et au conformisme. On fera bien, par conséquent, de penser en dehors des idées reçues, ou trop courantes, ou imposées (la langue de bois). Cela suppose que l'on soit suffisamment au courant de ce qui est suggéré par le milieu.

On sait depuis Gide combien l'immoraliste est un être préoccupé de morale. Une vérité valable pour plus d'un n'aura-t-elle pas nécessairement une dimension éthique ou, comme on dit encore, "axiologique"? La pensée reste polarisée de telle façon que, si elle ne se conforme pas à ce qui est admis, elle tend à en prendre la place! Pourtant, le caractère de nouveauté et d'originalité est important dans la «pensée». Alors que la sentence, le proverbe et le dicton expriment une vérité que tout le monde connaît déjà (ils ne font que répéter la doxa), la «pensée» propose un point de vue relativement inédit sur les choses. Il s'agit de remettre en question les vérités reçues, ce que tout le monde peut penser, de démystifier (l'auteur porte un regard critique et ironique sur tout). Le désir de faire valoir un aspect peu connu avec assurance et de gagner en autorité oblige à prendre des attitudes inverses : dissidence, insolence, impertinence, voire rébellion, hétérodoxie, hérésie, provocation. Pour devenir un grand esprit, on passe par le risque de passer pour un esprit fort.

Mais tout n'a-t-il pas été dit et redit, dans le domaine de la morale? La contamination, le vol littéraire, le plagiat peuvent-ils être évités? En adoptant un point de vue divergent, ne risque-t-on pas le démarquage, le révisionnisme ou le psittacisme, sans le savoir?
Réaction 10


Parmi les issues à envisager pour, malgré tout, provoquer la surprise, il y a le paradoxe, ou du moins le paradoxe rhétorique ou lexical (paradoxet), la surenchère, la subtilité, la singularisation, l'ironie caustique (qui s'accompagne de pessimisme) ou au contraire la facétie, la drôlerie, le bon mot, le mot d'esprit. Plus risqués sont l'humour et la banalisation, à moins d'entreprendre de ridiculiser son modèle et de tourner le plagiat en pastiche. Mais il y a pastiche et pastiche.
Tu ne me lirais pas si tu ne m'avais déjà compris (Valéry, Lettre sur Mallarmé). Or avant lui Pascal reprit texte évangélique : "Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé".
1 Rhumb (se servir d'un texte connu en le remaniant selon son propos).
2 Variante.
3 Perroquet (imitation légèrement modifiée).
4 Pastiche.
Sous des habits de valet, Dorante vient faire un message à Lisette. Il trouve celle-ci en train de se faire conter fleurette par son valet, Arlequin, qui est déguisé, lui, en prétendant. DORANTE --- Je n'ai qu'un mot à vous dire. ARLEQUIN --- Madame, s'il en dit deux, son congé sera le troisième. (Marivaux, le Jeu de l'amour et du hasard, II, 4)
1 Un cliché est pris au sens littéral et donc montré («dénudation de cliché»).
2 Originalité gratuite destinée à faire rire («effet de ridicule»).
3 Erreur que l'on cite pour faire rire de son auteur («perle»).
4 Idée d'une subtilité qui pose un défi («pointe»).
«Avoir un ami lâche, ce n'est rien, c'est bien mieux que d'attraper la scarlatine, que d'avaler de la mort-aux-rats, que de sucer de la naphtaline.» Ducharme, l'Avalée des avalés.
1 Ready made. Des phrases tirées d'un texte public identifiable sont insérées telles quelles sans motif dans le texte.
2 Rhumb. On utilise un texte connu en le modifiant du point de vue du sens.
3 Clin d'oeil. On glisse discrètemenent dans son texte quelque détail divertissant.
4 Psittacisme. On répète un texte connu sans vraiment le comprendre.
Réaction 11


Le rhumb est une méthode de distorsion de la «pensée». Il joue à la fois sur la similitude et sur les oppositions. Il crée un contraste sans passer par les voies habituelles de l'énantiose, de l'antithèse, de l'alliance d'idées ou de mots, de l'oxymore, voire de l'antilogie. Il joue sur la phrase et parfois aussi sur le mot.

La «pensée» s'élève-t-elle au-dessus de la mêlée, évitant de mettre en cause les personnes qui pensent? Ne récuse-t-elle pas les épanchements comme les ornements et les exagérations?
Réaction 12


Non. Les ornements ne lui sont pas interdits (paronomase, augustinisme, antimétabole, jeu de mots, jeu d'esprit, pointe), ni certains excès (l'hyperbole, la syllepse de sens). Les épanchements sont exclus non parce que le sujet s'y manifeste mais parce qu'ils prendraient la place de l'intellectualisation, parce qu'ils nuiraient à la généralisation. Le sujet se manifeste indirectement, par ses propositions catégoriques, voire son ton péremptoire. Il peut même chercher à bousculer le lecteur dans ses habitudes de pensée (valeur illocutoire, fonction conative).

Il atteint ce but par une forme lapidaire (densité, concision, trait) : la «pensée» s'exprime souvent dans une formule percutante qui frappe vivement l'esprit du lecteur. Elle va droit à l'essentiel, sans s'embarrasser de précautions préliminaires; les développements et explications atténueraient l'effet recherché. La formule radicalise la pensée. Le style qui caractérise la pensée d'auteur est à la fois coupé (parataxe, raccourci, ellipse) et cursif (on court au but sans faire de détour).

Alors que le dicton et le proverbe se présentent sous la forme d'un énoncé clair et simple qui permet une compréhension immédiate, la «pensée», au contraire, diffère la compréhension en déroutant, en étonnant le lecteur. Elle y arrive avec des rapprochements inattendus, forcés (de mots, d'idées), des contrastes forts, des comparaisons inusitées, des exagérations, des paradoxes, etc. Ex. "Prince à un roi plaît parce qu'il diminue la qualité" (Pascal, Pensées). Les rois seraient-ils si modestes qu'il leur plairait de voir leurs qualités diminuées et de se faire appeler «prince»? Qu'a voulu dire ici le savant penseur? (Peut-être ceci: les rois aussi aiment se détendre, il y a des moments où l'on dépose sa couronne et ses obligations.)

Le travail sur la forme est donc important? Voyez-vous des figures formelles recommandables dans la «pensée»?
Réaction 13


Proposition indépendante, phrase déclarative, bonheur syntaxique, mise en évidence syntaxique, isocolons, anantapodoton, phrase binaire, ternaire, tour négatif, exclamation, cadence majeure ou mineure, redoublement, synonymie intensive, expression figurée, image, métaphore, métonymie, synecdoque, image réveillée, mise en relief, soulignement, anthorisme, qualification par citation...

Le travail sur la forme est effectivement très important. Il y a toujours rupture de prévisibilité. L'écriture elliptique rend parfois la lecture difficile, les transitions et les liens ne sont pas clairement indiqués. C'est au lecteur à faire son propre travail de réflexion. Il peut s'approprier la «pensée». L'inachèvement de la forme peut l'inciter à compléter à sa manière. Il y a un mouvement à suivre. La vérité ou l'idée d'un aphorisme ou d'un apophtegme n'est pas donnée tout de suite; elle est complexe, ambiguë. Cette complexité explique que la «pensée» ne passe jamais dans l'usage (contrairement à la maxime qui, malgré l'originalité du point de vue qu'elle propose, cherche par sa clarté et son efficacité à devenir proverbe).

N'y a-t-il pas une sorte de pensée fruste, proche de son jaillissement dans le journal intime, et qui offre une forme moins parfaite?
Réaction 14


C'est la fusée! Elle ne craint pas l'hyperparataxe, l'inachèvement, le licou, la phrase fractale. Elle aime la polysémie, le rajustement, le néologisme. Elle joue sur l'autonymie, les guillemets et les italiques. Elle pratique l'allusion, la chrie, le sens accommodatice. La fusée et le fragment relèvent d'une écriture discontinue, courte, disjointe et ambiguë qui s'oppose au discours continu, plein, lié de l'exhaustivité. La «pensée» partielle joue sur l'illumination de l'instant, l'idée lumineuse. Elle rejette non seulement le badinage et le verbiage, mais l'étoffement et l'amplification. Pas de plan progressif. Pas de phrase à rallonge. L'exhaustivité lui semble du délayage. Pas question de vider une question en abordant tous ses aspects dans l'ordre (exhaustion). L'esthétique du fragment passe par un rejet de l'éloquence. Elle suggère aussi que la vérité ne s'atteint qu'à travers le paradoxe et la contradiction.

Le raisonnement, le style tempéré, la diction stylisée, l'écriture soignée, seraient donc bannis de la «pensée»?
Réaction 15


De la fusée, oui, du fragment, mais non de la pensée élaborée. Celle-ci s'établit progressivement dans le parallèle, la comparaison démonstrative, l'éloge, l'enthymème, l'exemple, la précision, le sens complet, la phrase bien tournée et ...le punch. Elle aime les présents atemporels, les achronies, la transparence, le nous inclusif et fuit la trivialité. Elle fait abstraction du sujet, bien que ce soit lui qui s'y exprime. Elle se pique d'être au-dessus de tout (dépréciation), même de la logique (paradoxe), alors qu'elle parvient à peine à établir son contexte référentiel.

Y a-t-il d'autres variétés de «pensée» que la maxime, le proverbe, le dicton, la citation, le fragment, la fusée et la réflexion "philosophique"?
Réaction 16


Mentionnons pour mémoire l'apophtegme, l'aphorisme et les agrapha (paroles mémorables, non écrites). Des aphorismes ont circulé en recueil dès l'Antiquité et au Moyen Âge (ana, catalectes, centon). Mais qu'est-ce qu'un aphorisme? Une formule heureuse?
Dans quelle catégorie d'énoncés placeriez-vous le suivant? «Un piéton, c'est un automobiliste qui se sert de sa tête.» Nous avons là ________.
1 une épigramme
2 un aphorisme
3 une définition
4 un trait
Réaction 17


Et tout fragment peut-il devenir aphoristique?
Elle avait une de ces bouches à lèvres serrées construites pour dire du mal comme la pince pour en faire. (Hugo, Pierres)
1 Image réveillée.
2 Diatypose.
3 Épiphanie.
4 Fusée.
Réaction 18


Dans ses Tas de pierres, Victor Hugo notait des matériaux possibles pour ses romans. Ce ne sont pas des «pensées», mais des possibilités de texte, ici pour présenter et décrire un personnage.

Et ceci, est-ce une «pensée»?
Un morceau de pain encore chaud que l'on croque dans la rue en sortant de la boulangerie. (J. Gastaldi, le Petit Livre du bonheur, p.46)

Réaction 19


On croirait que non, mais ce court texte occupe une page entière du livre, c'est un bonheur au sens de Philippe Delerm, un instant dont la valeur actuelle est unique et l'emporte sur toutes les valeurs universelles abstraites. En ce sens, par le contexte, par l'intention du lecteur, il est autonome, il forme un tout et devient une sorte de «pensée».

La forme fragmentaire jouit en général d'une grande faveur en période de crise, quand il y a méfiance à l'égard des systèmes et des grandes théories.

Les genres du champ enseignement.

Dès qu'on entre dans le détail de leurs formes et fonctions, on découvre que, plus il est scolaire, plus l'enseignement suppose de maîtrise en de nombreux genres, aux arrêtes bien aiguisées. Prenons simplement le cours donné en classe : comment se donne-t-il? Quelles activités favorise-t-il?
Réaction 20


Le cours comporte des activités diverses : faire des exposés structurés, scientifiques ou littéraires, philologiques, commentaire composé, biographies, résumer des livres ou des articles, bibliographie, mettre au tableau des schémas, des cartes géographiques ou des plans, citer et commenter des textes, présenter des synthèses, introduire de façon à éveiller l'attention, conclure en termes qui facilitent la mémorisation (trucs mnémotechniques), interroger l'auditoire, se faire poser des questions et y répondre, analyser, raconter, décrire... et parfois dicter des notes de cours, donner des travaux écrits (devoirs, à corriger par la suite, en y faisant des remarques appropriées) ou donner des leçons à apprendre (les faire réciter : interrogation écrite, interrogation orale).

Le moment crucial pour l'enseigné n'est-il pas la réponse à l'examen de contrôle si justement appelé épreuve?
Réaction 21


Sans doute, et l'épreuve a des formes diverses. Elle est préparée par une révision des notes de cours et des manuels. Elle est amorcée par le questionnaire, parfois réduit à une multitude de courtes questions à choix multiple (QCM), dont la liste forme un test. Ce genre très délimité est défini par sa fonction (vérifier des connaissances) et sa forme (une question qui précise les limites de la réponse attendue, suffisamment mais sans laisser trop d'indices, ou en aménageant de fausses pistes (distracteurs), qui discriminent c'est-à-dire séparent ceux qui savent au quart, à moitié, ou aux trois-quarts. Pour tester l'orthographe, il y a la dictée (lire le texte une première fois, le dicter phrase par phrase en donnant le temps de décoder et de transcrire, relire, laisser relire une dernière fois). Un texte littéraire, une fable à apprendre par coeur fera l'objet d'une récitation. On peut aussi distribuer des exercices de conjugaison, de calcul mental, de vocabulaire ou se rendre au laboratoire de langue pour des exercices de prononciation, de vocabulaire, de structure. Un exercice se présente souvent sous forme de phrase à compléter (question ouverte) et peut se corriger sur-le-champ.

Voyez-vous d'autres formes et genres particuliers au domaine de l'enseignement, de l'apprentissage et de la recherche? Dresse-t-on des listes? Se fait-on des dossiers?
Réaction 22


La terminologie spécialisée fait l'objet d'une liste lexicographique dont les termes développent leurs sens dans un index alphabétique. Les définitions classées qui mènent aux termes appropriés sont réunies dans une clé (un répertoire critérié). On réunit l'essentiel des connaissances acquises ou à acquérir dans un abrégé. Quand il s'agit d'apprendre à former des lettres où à lire des caractères d'imprimerie, c'est un abécédaire; et si les mots sont décomposés en syllabes pour faciliter la lecture, cela s'appelait un syllabaire. Un ensemble d'extraits d'oeuvres littéraires est une anthologie (ou des morceaux choisis).

Que tirent de leurs dossiers le grimaud ou le chercheur? Des exposés suivis? Des dissertations?
Réaction 23


Les connaissances organisées dans un raisonnement constituent une étude; rassemblées mais encore partielles, une recherche. Avant d'explorer plus loin que le connu, on fait un état présent des recherches. Les problèmes en suspens prennent place dans un état de la question. La prospection de l'inconnu prend le nom d'essai. L'exégèse tire d'un texte tout ce qu'on peut y trouver par des analyses linguistiques, sémiques, «du discours», pragmatiques, de poétique (les procédés d'écriture, la versification, la scansion du vers). La thèse explore un sujet exhaustivement et par les méthodes les plus éprouvées. Le traité rassemble ce qui a été découvert et en fait une étude raisonnée. Portant sur un sujet restreint, c'est une monographie. Réunir les topos des sujets connexes avec des exercices permet de composer un manuel. S'il est ennuyeux à étudier, c'est un pensum.

Encore les petits «genres» ici réunis sont-ils très largement dépassés par les inventions multiples et quotidiennes des enseignant(e)s et des enseigné(e)s dans leurs pratiques occasionnelles ou systématiques. Ils subissent une évolution et un renouvellement constants. La fréquence des interactions incite à l'économie et les genres didactiques parlés cherchent à tout dire en quelques mots. Par contre, dans le cadre de l'institution universitaire, les genres didactiques ont plutôt tendance à prendre des dimensions interminables.

Mémoire. Thèse universitaire.

Le genre, pour élevé qu'il paraisse, est récent. À peine deux siècles... Géographiquement aussi, il est peu connu : moins de 1% de la population mondiale. Il est lié au développement des études universitaires supérieures. Il y est confiné. Les thèses ne sont publiées que remaniées pour le public, non averti.
On peut sans doute trouver superflu de consacrer des thèses ____ certains sujets extrêmement circonscrits.
1 sur
2 à
3 pour
4 de
«On trouve plusieurs appellations pour l'Autre Monde en gaélique, dont Tir na n-Ban (terre des Femmes) et Emain Ablach (terre des Fées). C'est que ce royaume, référence religieuse du druidisme, est gouverné par la féminité, incarnée par le déesse Dana.» À quoi peut-on voir que la phrase est tirée d'une thèse?
1 Citation des sources en gaélique.
2 Termes abstraits (appellations, référence, druidisme, féminité, incarnée).
3 Exposé structuré (preuve, explication, précision supplémentaire).
4 (N'importe)
«Il importe de préciser que, dans son interprétation de la légende arthurienne, Bradley a suggéré une explication scientifique de l'Autre Monde.» On voit que la phrase est tirée d'une thèse. Surtout à quoi?
1 Étude (application d'une démarche méthodologique).
2 Perspective (ce qu'on dit dépend de la position que l'on décide d'occuper).
3 Transparence (effacement de l'auteur et du lecteur).
4 Ton élevé (niveau de langue plus soigné que d'ordinaire).
Réaction 24


Le point de départ d'une philosophie. Quand on compare entre elles les oeuvres des philosophes d'autrefois (le platonisme, le kantisme, le marxisme, la pensée de Sartre, de Derrida), que faut-il se demander exactement?
1 Ce qu'ils ont voulu prouver (ou montrer).
2 Les thèmes qu'ils ont le plus traités.
3 Les problèmes qu'ils ont cherché à résoudre.
4 La place de la philosophie dans leur propre vie.
Renan, en épilogue à sa Vie de Jésus, mentionne que le Grand-Prêtre et sa famille, instigateurs de la crucifixion, eurent encore de longues années de prospérité.
1 Ceci complète un récit historique tout à fait objectivement.
2 Vérification d'ex-clerc inquiet. (Et si Dieu avait voulu se venger?)
3 Détail qui corrobore la thèse : idéalisme de Jésus, réalisme politique des gens en place.
4 Pusillanimité d'intellectuel au service du pouvoir (Second Empire).
Machiavel soutient que la religion, chez les dirigeants, est très utile car elle permet de manipuler les peuples. Quel est l'argument le plus pertinent pour cette hypothèse?
1 Les dogmes religieux peuvent toujours être détournés de leur sens.
2 «L'universalité des hommes se repaît de l'apparence comme de la réalité» dit Machiavel. Les peuples se laissent donc aisément tromper.
3 Le peuple craint la colère divine. Il n'osera contester des lois qui lui sont présentées comme venant de la volonté des dieux.
4 S'adresser à Dieu est la façon la plus sûre d'écarter le malheur.


Le mémoire et la thèse ressemblent-ils à la dissertation? Sont-ils des dissertations très étoffées?
Réaction 25


Ils ne devraient pas être la transcription classifiée de la documentation réunie, mais tirer de celle-ci une démonstration qui finalement ressemble à celle d'une dissertation, quoique de façon beaucoup plus complète. La rigueur de la preuve et celle de la méthode, sinon du raisonnement, sont soumises à un jury coopté par ceux qui ont passé précédemment par le même chemin. Épreuve d'école, voire de chapelle... Reproduction d'un modèle formel qui est censé garantir la «scientificité». Par exemple, en sciences sociales, on raisonnera dans le système d'un auteur qui fait autorité, comme John Locke.
Chez Locke, la société civile étant régie par la règle de la majorité, un individu est systématiquement mis en minorité. Il se retrouve ainsi dans une situation moins favorable que dans l'état de nature. Mais on peut se poser une question: tout le monde profite-t-il également de l'instauration de la société civile?
1 Oui, parce que la société civile assure la protection de la propriété.
2 Non, parce que la société civile institutionnalise l'inégalité des biens.
3 Non, parce que la société civile engendre des inégalités au point de vue du pouvoir.
4 Oui, si on parle d'égalité dans les droits et non dans les biens.
Pour Locke, l'état de nature consiste dans l'absence de règlementation morale ou sociale. Chacun, selon ses bons instincts, lois de Nature, dispose des biens auxquels il a accès, sans se préoccuper de ce que font les autres. Quelle est la raison la plus valable aux yeux de tous de quitter cet état «de nature»?
1 Protéger ses biens propres en reconnaissant aussi ceux des autres.
2 Pouvoir conserver et accumuler des biens sans nuire à ceux des autres.
3 Accéder à une justice qui procure une plus grande égalité.
4 Établir des règles qui assurent le maximum de progrès à la civilisation.
Réaction 26


Mentionnons que le mémoire de maîtrise n'est pas une petite thèse, mais une sorte d'exercice préalable sans plus : il s'agit de montrer sa compétence dans la recherche de documents et dans la démarche méthodologique. Il faut garder l'ensemble des démonstrations, les résultats et les conclusions pour la thèse proprement dite, faute de quoi on sera conduit à faire deux thèses successivement, une petite et une grande.

Le modèle archaïque du texte scientifique est grec : théorèmes de la géométrie d'Euclide, logique d'Aristote.

Le texte philosophique.

Considérez-vous les QCM suivantes comme du genre «texte philosophique»?
Notre intérêt ____ la philosophie était maigre.
1 à
2 de
3 sur
4 (Autre chose)
J'ai lu un ouvrage substan___iel sur la philosophie existen___ielle.
1 c, c
2 c, t
3 t, c
4 t, t
La philosophie anarchiste ne pense pas à la collectivité. Elle ______ un individu à la fois.
1 ne s'occupe qu'
2 n'occupe que d'
3 (Selon la nuance de sens)
4 (Autre chose)
Cette théorie ________ comme doctrine philosophique mais plutôt comme arme idéologique.
1 n'est non pas utilisée
2 n'est pas utilisée non
3 n'est utilisée non pas
4 (Autre chose)
L'essentiel de la philosophie ________ se trouve dans la Critique de la raison pure de Kant.
1 transcendante
2 transcendantale
3 (N'importe)
4 (Selon la nuance de sens)
En politique comme dans la vie personnelle, il faut savoir sacrifier le présent en vue d'assurer l'avenir.
1 Non. Il faut parer au plus pressé, même si l'avenir doit rester incertain.
2 Le minimum, c'est de préserver les acquis, de sauvegarder le passé.
3 Tant pis pour le passé, et même pour le progrès, du moment que le présent soit agréable.
4 (N'importe)
Beaucoup d'historiens estiment que ________ est la forme de gouvernement la plus répandue dans le monde.
1 l'autarcie
2 l'autocratie
3 (1 ou 2, au choix)
4 l'autonomie
Réaction 27


On parle de politique mais on n'est pas au parlement, à un meeting ni dans un comité d'action. Le texte est plus didactique que pratique. Ce qui caractérise d'abord le texte philosophique est sa fonction. Il cherche à définir, à expliquer, à comprendre.

L'essai philosophique est un texte en prose d'étendue variable où se construit, se déploie une pensée, un raisonnement. Il a souvent un caractère didactique très marqué. Est-il déterminé par son contenu ou par sa forme?
Qu'est-ce que l'univers?
1 La totalité de la matière.
2 Un tourbillon d'atomes.
3 La limite de la perception de nos instruments de mesure (télescope électronique).
4 Ce qui répond aux hypothèses sur la totalité de l'espace-temps.
Quel est le plus présent de tous les instants?
1 Le transport amoureux.
2 L'article de la mort.
3 La création artistique.
4 (Autre chose)
Qu'est-ce qui est le plus idiot: toujours chercher à investir là où on pourrait avoir un petit avantage ou négliger d'investir là où on sait qu'on pourrait y gagner?
1 Investir où l'on peut gagner n'est jamais idiot.
2 Négliger son intérêt l'est toujours.
3 On peut avoir des objectifs plus intéressants que le gain.
4 La fortune sourit aux audacieux, pas aux minutieux.
Pourquoi les rois faisaient-ils enterrer avec eux leurs épouses?
1 Pour les avoir aussi dans l'autre monde.
2 Pour que nul autre ne puisse les leur ravir.
3 Parce que leur rôle social finissait avec leur disparition.
4 Pour renforcer le caractère sacré du pouvoir royal.
On parle de réflexion quand ____.
1 l'intelligence se tourne vers les faits sous un éclairage plus large
2 l'esprit se plonge dans le passé pour en remuer les cendres et les joies
3 quelqu'un a l'audace d'émettre un commentaire (désobligeant)
4 on ferme les yeux pour prendre conscience de soi
Réaction 28


Par les deux, car le contenu initial, "ce qui est", a entraîné des formes, celles de l'intellectualisation, et celles-ci se sont maintenues, même avec d'autres contenus. En effet, le philosophe recourt à des idées, des concepts, des systèmes dans le but de comprendre et expliquer la nature de l'homme, sa relation avec le monde et avec le langage, sa destinée, sa raison d'être, etc. Il est préoccupé par les questions de la cité, des sciences et des arts (la prétention de la philosophie est encyclopédique).

Dans certaines sociétés, il est considéré comme un guide. En Grèce au 5e siècle avant notre ère se sont formés des groupes de philosophes, des écoles (les Éléates, l'Académie de Platon, le Lycée d'Aristote, le Jardin d'Épicure, Averroès ou Ibn'Arabi ont leurs disciples). La philosophie s'est diffusée, par l'enseignement, en Orient également (confucianisme, bouddhisme, taoïsme, Zen). À partir du Moyen Âge, les universités vont remplacer ces écoles. Aux XVIIe e et XVIIIe siècles, les philosophes deviennent des penseurs isolés qui rendent publiques leurs idées uniquement par le truchement des livres (ex.: Descartes, Spinoza, Leibniz, etc.) À partir de Kant (XIXe siècle, Allemagne), la plupart sont professeurs d'université et se servent des cours pour répandre leur vision du monde (Weltanschaung). Au XXe siècle, les deux guerres mondiales obligent des philosophes à émigrer (Wittgenstein, Viennois, va enseigner à Cambridge). Il s'ensuit une internationalisation de la philosophie.

Historiquement, la philosophie n'a-t-elle pas été souvent confondue avec les sciences ou avec les religions? Et aujourd'hui encore, nombreux sont ceux qui croient devoir choisir entre ces trois attitudes fondamentales.
«Krishna posa son regard sur l'eau silencieuse. Il dit : J'ai parcouru ma jeunesse joyeusement et tous les prodiges m'appartenaient. --- Maintenant, tes cheveux blanchissent et tu t'interroges, dit Vyasa. --- Je vois au fond de moi un lac d'eau noire. Le soir, souvent, j'entends des appels, des cris de douleur. --- Moi aussi, je les entends, dit Vyasa. --- Et que fais-tu? --- Le soir, je m'endors et le matin, je me réveille. J'attends.» (Le Mahabharata, trad. J.-Cl. Carrière. Krishna est la divinité; Vyasa, son chantre.)
1 Conte.
2 Épopée.
3 Cosmogonie.
4 Roman.
La révolution culturelle vise maintenant un personnage plus important que Lin Piao, car il incarne toute la vieille Chine__ Confucius, le sage de jadis, reste un adversaire idéologique.
1 ,
2 :
3 .
4 (N'importe)
«Je crois qu'en pratique les Confucéens sont athées. Ils ne croient pas à une vie après la mort, ils ne cherchent pas à comprendre comment ce monde fut créé ni dans quel but. Ils préfèrent agir comme si cette vie était tout ce qui comptait, et comme si seul importait de la vivre correctement.» (Gore Vidal, Création, p.434)
1 C'est de la prose philosophique.
2 Religieuse, plutôt.
3 Romanesque.
4 Historique.
La rhétorique a-t-elle su se renouveler durant le Moyen-Age?
1 Sous les grands Rhétoriqueurs, elle a retrouvé le prestige dont elle avait bénéficié durant la première sophistique.
2 Avec Abélard (XIIe siècle), qui ose faire valoir la raison dialectique face à la foi religieuse, elle retrouve une certaine importance.
3 Les grands philosophes, surtout au XIIIe siècle (Anselme de Cantorbéry, Thomas d'Aquin, Bonaventure, Duns Scot, Guillaume d'Ockam) l'écartent.
4 Elle se développe obscurément et de façon morcelée, comme une technique valable dans certaines circonstances spécifiques.
Un vulgarisateur scientifique bien connu affirme: "Il semble que l'astrologie soit née du peuple. Les paysans constatèrent, par exemple, que les plantes qui poussent à certains moments de l'année ont des caractéristiques propres; il devait en être de même pour l'homme." Quel devrait être le premier geste critique envers cette hypothèse?
1 Déterminer la méthode qui a permis d'échafauder cette hypothèse.
2 Examiner les conséquences éventuelles d'une telle hypothèse.
3 S'interroger sur les raisons particulières qu'il aurait à prendre cette position.
4 En vérifier le bien-fondé.
Réaction 29


La philosophie est à ses débuts intimement liée avec ce qu'on appellera plus tard les sciences: l'astronomie, la physique, les mathématiques, la biologie, etc.; le philosophe est alors polyvalent. Avec l'avènement du christianisme, la philosophie délaisse les sciences exactes pour se confondre plus ou moins avec la théologie; durant cette période, les grands philosophes sont aussi des saints (saint Augustin, saint Thomas d'Aquin). À partir de la Renaissance, les philosophes commencent à remettre en question les grandes vérités de la foi et de la Révélation. On se met à réfléchir sur la politique en rejetant l'idée selon laquelle l'État a une origine divine (Machiavel); les découvertes scientifiques (Copernic) bouleversent tout et ouvrent de nouvelles voies; les philosophes deviennent à nouveau polyvalents (ex.:Pascal, Descartes, Leibniz). À partir du XVIIIe siècle, la philosophie prend toutes sortes de directions. Après Hegel, son rôle cesse d'être distinct et abstrait. Elle touche à tous les domaines : elle devient politique (Rousseau, Marx), économique (Adam Smith), sociale (Fournier, Mao), etc. Elle traverse aujourd'hui une période de crise, de totale remise en question.
L'avenir est-il avant ou après le passé?
1 Après, naturellement. C'est le sens du temps...
2 Avant puisque c'est l'avenir qui se transforme en passé.
3 N'importe. Tout dépend de la façon dont le sujet s'invente dans le présent, pour se réaliser ou se perdre.
4 Question oiseuse, d'intérêt philosophique tout au plus.
Qu'est-ce qui est le plus réel? Moi? Dieu? Le monde? L'opinion publique? Le passé? L'avenir? L'instant présent? Les chaussettes de l'archiduchesse?
1 Les chaussettes, qui représentent un objet particulier, que la conjoncture impose à chacun temporairement mais inéluctablement. Les situations existentielles, quoi.
2 Ce qui est réel est ce que le milieu valorise car rien ne s'impose qui ne soit le résultat de l'effort de tous.
3 L'instant présent puisque le passé est irrémédiablement inaccessible et que l'avenir est incertain.
4 (Autre chose)
En phénoménologie, l'espace-temps est-il le même que dans les sciences? Appartient-il aux choses, au monde, seul réel, qui dépasse infiniment chaque individu vivant et pensant?
1 Non. La conception philosophique est opposée à celle de la science, qui exclut le sujet comme tel.
2 Oui. Les sciences se sont développées en précisant toujours davantage un petit nombre d'idées mathématisables et donc abstraites, en sorte que pour elles, c'est seulement l'esprit qui est réel.
3 Il faut distinguer entre les types de sciences. Par exemple les sciences sociales, et la psychanalyse, vont explorer la subjectivité mais le plus "objectivement" possible.
4 Non mais les sciences sont limitées à leur objet par leurs méthodes, tandis que la phénoménologie pose le problème de la réalité d'une manière telle qu'une solution puisse se présenter.
Réaction 30


Que concluez-vous de cette série de QCM? Qu'il n'y a rien à conclure?
On observe, aux tribunaux comme dans les entrevues télévisées, qu'il y a toujours du pour et du contre, et que tout argument peut se faire réfuter. Faut-il désespérer de la vérité?
1 Oui, car on n'est plus sûr de rien, quel que soit son droit ou sa sincérité.
2 Non puisque de la sorte toute personne, même un criminel, peut exposer sa défense.
3 C'est justement ce qui garantit les chances de la vérité, au contraire. Si elle pouvait être fixée, ce serait bien plus désespérant.
4 Non. Mais il reste à agir : trouver des conseillers, retenir les meilleurs avocats.
Pourquoi vaut-il mieux ne rien condamner?
1 Le scandale vient des gens scandalisés. L'objet du scandale a toujours un minimum de valeur positive.
2 Pour mieux entrer dans l'univers intersubjectif.
3 Il vaut mieux condamner le mal mais pardonner à ceux qui le commettent.
4 Il ne vaut pas mieux ne rien condamner.
Pourquoi ne sert-il pas à grand chose de prodiguer des conseils, même à ses amis ou à ses enfants?
1 Chacun n'en fait qu'à sa tête.
2 Il n'y a pas de règle de conduite universelle.
3 Le mieux est de prendre conseil autour de soi mais de décider ensuite librement.
4 Ce que l'on reçoit des autres ne coïncide jamais avec ce que l'on trouve en soi.
Mettre de l'ordre, c'est nécessairement introduire d'autres désordres que ceux auxquels on prétend remédier.
1 Absurde. L'ordre prévaut sur le désordre comme l'unité sur la multiplicité. Ainsi, un gouvernement mondial pourrait seul régler tous les problèmes.
2 Exact. L'Ordre introduit par un gouvernement mondial balaierait les ordres distincts, incompatibles, déjà existants.
3 Il y a autant d'ordres que de groupes affectés par chaque disposition.
4 Il y a autant de désordres que d'individus capables de voir les problèmes.
Réaction 31


Exactement. Mais savoir qu'on ne sait pas est un avantage personnel (sur tous les obstinés) et une ouverture sur l'avenir (car il y aura des solutions hic et nunc, et c'est mieux ainsi).

Les ingrédients de la prose philosophique sont-ils distincts de ceux de la «pensée» et de l'aphorisme, vus ci-dessus?
Pas de liberté sans obéissance. Que signifie cet aphorisme?
1 Rien. La liberté est le contraire de l'obéissance.
2 On ne peut être libre à tout instant. Il faut beaucoup d'obéissance pour pouvoir s'offrir quelques heures de liberté.
3 Jeu de mot hégélien. On définit une chose par son contraire, sachant que la thèse attire l'antithèse, pour préparer une synthèse.
4 Un choix particulier et suivi engage à une soumission corrélative.
Réaction 32


Dans l'ensemble, non; mais les textes sont plus développés. On a donc plus facilement du style périodique, des isocolons, de l'hypotaxe. Il n'assemble plus seulement des concepts mais des lemmes ou des propositions apophantiques. Ses raisonnements sont très divers (syllogisme, axiome, raisonnement hypothético-déductif, hypothèse ad libitum, reconstruction, contre-épreuve, raison étymologique) s'articulent à d'autres (poly-enthymèmes, poly-épichérèmes), entrent dans des exposés de plus en plus structurés et périlleux (corrélation, ou disjonctif, antistoïchon, diastole, énumération non systématique, idées en chaîne, construction de l'esprit, tangente, cercle vicieux). Il assure la cohésion par anadiplose ou concaténation. Il a le temps aussi de vérifier s'il a envisagé tous les cas possibles (exhaustion) notamment en appliquant les lieux de l'argumentation et d'autres types d'argument appropriés (argument de la difficulté, argument ab absurdo), sans verser dans le truisme ou l'excès de subtilité (byzantinisme).

A-t-il des problèmes de vocabulaire? Les mêmes que l'auteur de «pensées»? Les métaphores sont-elles admises?
"Le motard dérapa dans un caniveau. Une orange dévalait la ruelle en pente. L'orange et l'homme s'écrasèrent sur le mur." Cet énoncé soulève une interrogation de nature ______.
1 philosophique
2 ironique
3 comique
4 (Selon le contexte)
"Une vie..., c'est fait avec l'avenir comme les corps sont faits avec du vide" (Sartre). Que penser de cette comparaison?
1 Elle est inutile.
2 Elle est en soi une chose utile mais, ici, elle fausse la pensée.
3 Elle est efficace.
4 Elle est juste.
Réaction 33


Oui, mais il a plus de temps pour établir son vocabulaire, et en discuter (autonymie lexicale, spécification terminologique, cataglottisme, latinisme).
C'est l'intention et la direction qui différencient l'instant natal et l'instant létal ou, s'il s'agit du point ontico-méontique, l'origine de l'être et la fin de l'être : dans la mort, l'être vise le non-être à travers le presque-non-être, ou, si l'on préfère, le Quelque chose sombre dans le Nihil à travers l'insécable Quasi-nihil de la nihilisation; et dans la création, c'est le Rien qui va à l'Être à travers l'instant du Presque-être. V. Jankélévitch, Philosophie première, p.215. La philosophie se dote de lexèmes spécialisés ________.
1 par composition, à l'aide de traits d'union
2 dénomination propre, à l'aide de majuscules
3 substantivation, à l'aide d'actualisateurs
4 (N'importe)
Réaction 34


Et son texte prend-il des dimensions, des formes étendues particulières?
Vous croyez que cette analyse de la notion de comique est l'oeuvre d'un philosophe grec du IVe siècle. Soit. Maintenant ______ qu'Aristote soit l'auteur d'un essai sur le rire, ______ que cet écrit soit authentifié et publié, ______ enfin que, par la suite, l'éditeur avoue une supercherie. Que resterait-il de votre thèse?
1 admettons, supposons, imaginons
2 imaginons, admettons, supposons
3 supposons, admettons, imaginons
4 admettons, imaginons, supposons
Réaction 35


La lettre (épître), initialement, puis le compendium (résumé), ensuite le traité (De amicitia de Cicéron), la somme au temps des cathédrales, le manuel avec l'instruction publique, le livre de chevet au XXe siècle. Ces types de production-consommation ont une forme interne attachée au désir de communiquer, de partager ses idées, d'en susciter de nouvelles. C'est la maïeutique socratique (faire naître la pensée du lisant). On la suit anticipativement en inventant des étapes aussi minuscules et régulières que possible (micrograduation) mais en évitant de tourner en rond (ratiocination) ou de donner trop de détails (byzantinisme).

Le philosophe a un certain penchant aussi pour le commentaire, voire le commentaire du commentaire (postface, post-scriptum), il en fait même à l'avance (prolégomènes). Pour mieux dialoguer avec de très jeunes élèves, il verse dans des formes comme celles du petit catéchisme, la question-réponse (cheretema). Il suscite les bonnes réponses sans en avoir l'air ou suggère ses impressions personnelles (question oratoire). Il discute avec ses émules, niant et réfutant (apophase).

Un philosophe qui s'adresse à ses émules ne se sent-il pas condamné à l'originalité?
Quand vous entendez parler de la formule de Descartes Je pense donc je suis, quel sens lui attribuez-vous?
1 Descartes découvre sa propre existence à partir de sa pensée.
2 Il voit la subjectivité non comme une chose mais comme une idée.
3 Qu'il est impossible de prendre conscience de soi sans y avoir fait une profonde réflexion, "purement intellectuelle".
4 Que ce n'est pas du corps vivant que surgit l'acte de penser mais l'inverse : de cet acte surgit le corps propre, avec le monde, qui apparaît ensuite au corps par l'intermédiaire des sens.
«Je suis moi-même la matière de mon livre: ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain» dit Montaigne à son lecteur, en avant-propos de ses Essais. Et il discourt au naturel, «sans nulle considération de ton service ni de ma gloire». «Mes défauts s'y liront au vif, et ma forme naïve». Il ne recherche donc pas la Vérité ou la raison (dialectique), comme les penseurs du Moyen Age, ni l'opinion publique comme les sophistes et les rhéteurs de l'Antiquité, mais son opinion à lui, pour lui...
1 Il annonce, en quelque sorte, la pensée phénoménologique.
2 Il radicalise l'objectivité de la visée scientifique expérimentale, qui est alors à ses débuts.
3 Il se rallie à l'anticicéronisme de Juste-Lipse, qui fut de ses amis.
4 (1, 2 et 3)
«Mon corps est-il chose, est-il idée? Nous aurons à reconnaître une idéalité qui n'est pas étrangère à la chair.» Merleau-Ponty. Le mot chair est ici pris au sens ______.
1 physique
2 médical
3 moral
4 philosophique