Module 8. Logique. Manier les idées. 98 interactions. 77 QCM.

Les idées?

Parfois, vous trouvez que les propos de vos amis manquent de logique, mais vous est-il arrivé d'ouvrir un livre de logique? Lequel?
Réaction 1


Vous avez entendu parler d'Aristote, d'Abélard? Ou de l'un des titres suivants?

Bibliographie.

Antoine ARNAULD et Pierre NICOLE. La Logique ou l'art de penser, 1662, (Flammarion, 1970), 440p.
Robert BLANCHÉ. Introduction à la logique contemporaine, P., Colin, 1968, 204p.
James D. CARNEY et Richard K. SCHEER, Fundamentals of logic, N.Y., Macmillan, 1974, 428p.
Lewis CARROLL. Logique sans peine, trad. de J. Gattegno et E. Coumet, P., Hermann, 1968, 288p.
Jean-Blaise GRIZE. Logique et langage. Paris, Ophrys, 1990, 153p.
Régis JOLIVET, Logique. Cosmologie. Paris, Vitte, 5e éd.1961, 495p.
Georges LAKOFF. Les Métaphores dans la vie quotidienne. Paris, Minuit, 1985, 254p.
Louis LAVELLE. Manuel de méthodologie dialectique. P., P.U.F., 1962, 179p.
Gottfried Wilhelm LEIBNIZ. Nouveaux essais sur l'entendement humain. Rééd. GF-Flammarion, 1990.
Roger MARTIN. Logique contemporaine et formalisation, P., P.U.F, 230p.


Depuis des siècles, la logique et le droit ont gouverné, ou tenté de le faire. Pourquoi ont-ils eu tant de prestige? Détiennent-ils la vérité?
Réaction 2


On le croyait. Hégel et Marx ont remplacé ce préjugé par celui d'un mouvement collectif vers un progrès historique. Leur synthèse « communiste» a échoué mais l'idéologie du progrès (politique, économique) triomphe encore presque partout. Chacun veut travailler au bonheur de tous. Cela ne manque pas de logique, mais il y a maintenant une place pour une logique individuelle, voire pour un certain illogisme sympathique, celui des artistes par exemple.

Étudier la logique est donc inutile à l'écrivain?
Marcel Achard remercie les Académiciens de recevoir parmi eux un auteur comique. Non «pour l'acuité de votre discernement» précise-t-il mais pour «votre courage». Le public «méprise les amuseurs» et en m'accueillant, vous les avez réhabilités. Y a-t-il de la logique dans ces allégations?
1 Non. Les écrivains entrent à l'Académie pour donner sur la pureté de la langue des avis autorisés.
2 Oui. En venant rire à ces pièces, le public fait exactement ce qui est attendu de lui.
3 Non. L'estime du public pour l'auteur devrait être d'autant plus grande qu'il parvient à susciter l'hilarité.
4 Oui. En faisant sourire ses confrères, Achard est logique avec lui-même.
Réaction 3


Au contraire! Il est le premier à reconnaître à chacun de ses personnages le droit de développer sa logique propre. Il multiplie les approches et les distinctions. Il comprend la logique de plusieurs manières.

Et c'est justement ce que nous allons pouvoir faire aussi bien que lui en distinguant la sémantique, la pragmatique, la logique et, ultérieurement, l'argumentation. Car il est nécessaire, pour que la logique «morde» sur le réel, d'avoir d'abord défini les mots et les choses et d'avoir aussi placé ses idées dans le contexte des personnes qui parlent.

La logique intervient alors afin de déterminer les relations qui peuvent s'établir entre les idées.

Faisons le point. Vous avez abordé un domaine. Vous êtes en train d'accumuler la documentation nécessaire (une dizaine de livres parcourus, une centaine de fiches doc rédigées et bientôt classées, car vous avez acquis une certaine capacité d'extraire de certains mots-clés, par les variantes en contexte, des définitions, donc des vedettes, générique et spécifiques). Votre palette conceptuelle a rassemblé les termes clés du domaine et leur organisation s'ébauche. Comment préciser les relations de ces mots entre eux? Peut-on tabler sur eux pour aller vers les contenus possibles des lectures (et lire à l'aide d'hypothèses)?
Réaction 4


Oui et non car ce ne sont d'abord que des mots, ce qui est commode, mais il faut des phrases pour qu'ils s'assemblent dans une idée. Or ces phrases sont sur nos fiches. Et les vedettes de ces fiches les résument. Cela étant (mais seulement si le travail a été effectué noir sur blanc personnellement) le mot peut contenir l'idée : il la résume. Les Romains nous ont habitués à faire tenir toute une pensée dans un seul mot. Vita brevis. La pragmatique est alors implicite et la condensation du réel dans les mots permet leur maniement logique formalisé.
Tout A est B. Or tout B est C. Donc tout A est C.
Tout A est B. Or x est A. Donc x est B.
Tout cercle est rond. Or nul triangle n'est rond. Donc nul triangle n'est cercle.


La logique permet de comparer des contenus, d'explorer ainsi dans un domaine toutes les possibilités de relations et de conclusions. Tenir tous les termes sur sa palette donne l'illusion de maîtriser, sinon le domaine lui-même, du moins la totalité de ce qu'il serait possible de dire par le moyen des termes réunis. C'est l'illusion structuraliste, qui réduit la pensée aux termes disponibles de son expression. Point de départ exhaustif quoique formel... La logique est-elle limitative? Va-t-elle entraver les découvertes?
Réaction 5


Pratiquée ainsi, elle paraît l'être, quoique l'exploration de toutes les relations entre une cinquantaine de concepts, ce soit une combinatoire qui défie déjà les capacités individuelles (2x2x2...cinquante fois). Si chaque combinaison engendre une idée, cette apparente limitation est déjà illimitée. Être systématique débouche sur du neuf! Et en telle quantité que le risque est moins de s'y enfermer que de s'y perdre.

Que peut-on entreprendre pour progresser dans son propre objectif?
Réaction 6


D'abord, compléter son fichier, le classer, dresser sa nomenclature, en sorte qu'il devienne significatif de tenter d'établir des relations entre ces mots, qui sont des embryons de sens en contexte. Des relations de toutes sortes mais de préférence des relations logiques.

Une porte entrouverte est-elle ouverte ou fermée?
1 Ouverte.
2 Fermée.
3 A la fois ouverte et fermée.
4 Ni ouverte, ni fermée.


Tout peut se joindre, dans la pensée (ou presque). Pour que deux choses s'excluent, il faut qu'elles soient du même genre. Ainsi seulement, un référent donné ne pourra-t-il être à la fois l'une et l'autre. Ici, on a une position de battant de porte. Par quel concept la caractériser? Si l'on rejette les deux extrêmes, puisqu'on est entre les deux, il faut créer un concept de plus : «Entrouverte». Mais on peut aussi saisir un instrument de mesure. On peut savoir de combien elle est entrouverte. Un millimètre? Un centimètre? Un pouce? Un pied? Sort-on alors du domaine des lettres pour passer dans celui des sciences?
Réaction 7


Aller jusqu'à prendre une mesure est plus précis. Et la précision a son importance. Ce serait le cas s'il s'agissait de laisser passer juste la bonne quantité d'air frais. Or prendre des mesures suppose un instrument (le mètre). Celui-ci, loin de supprimer la qualité (l'idée), la fait passer dans la réalité, la transforme en quantité mesurée. Nous avons là, en raccourci, toute l'histoire des sciences.

Loin de s'opposer aux lettres, elles s'élaborent sur la base des idées, qu'elles étoffent par des instruments, ce qui les précise, puisqu'ainsi ces idées s'appliquent suivant des critères quantifiables. On peut présenter les sciences comme une extension de la littérature. La littérature peut se passer des sciences (ex. : les mythes primitifs) mais les sciences impliquent toute une littérature sans laquelle les symboles ne seraient que de petits dessins.

Supposons que par cette porte entrouverte, un personnage aperçoive les agissements d'un autre et qu'il s'ensuive toute une histoire, purement fictive (l'apparition d'un couple d'extra-terrestres débarquant d'une soucoupe; un corridor menant à une galaxie par spagettisation) : un tel développement du concept "entrouverte" serait-il scientifique ou littéraire?
Réaction 8


Ni l'un ni l'autre quoique les deux en apparence. On quitterait le domaine de la réalité, qui est à la fois littéraire et scientifique, pour fabuler, littérairement mais scientifiquement aussi. C'est que les «dimensions» (à critérier et à mesurer) restent toujours celles d'une énonciation (effective : celui qui parle, etc.) et celles d'un contenu (action, personnes, etc., comme on l'a vu). Rien ne ressemble davantage au monde que nous connaissons que celui que nous sommes capables d'inventer.

Les mathématiques de pointe, qui ne trouvent d'application qu'après coup et comme par hasard, sont un bon exemple de ce que la logique peut inventer et réaliser. Mais en quoi ceci peut-il concerner nos propres travaux? Voulez-vous tenter un essai d'application immédiatement, « pour voir»? Prenez une de vos fiches doc (au hasard), tirez-en deux concepts et inventez-leur une relation, mettez-les dans la même phrase (en ajoutant qqch. qui fasse que le tout ait un minimum de sens).
Réaction 9


Avez-vous réussi? Vous êtes en train d'apprendre à jouer à la fois sur la sémantique, la pragmatique et la logique, sur des ensembles de sèmes qui existent pour vous et entrent en relation.

Combiner des sèmes.

La logique rend la sémantique opérationnelle mais en passant par la pragmatique. Mieux vaut garder ainsi notre contact avec le réel sous ses différentes formes. Il est là constamment pour diversifier et renouveler les contenus sémiques.

On a vu (triangle sémantique) l'impossibilité de passer des mots aux choses ou des choses aux mots sans avoir des idées. Les idées jaillissent des comparaisons mais aussi elles se mettent en relation (pour peu qu'elles soient situées). Pour assister à ce jaillissement en soi, il suffit d'opérer des rapprochements conceptuels.
Une dame enceinte, qui transporte un colis marqué hard disk, rencontre un ami dans l'ascenseur. --- Vous avez, lui glisse-t-il, un disque dur mais une sphère douce...
1 Rapprochement stupide.
2 Humour surréaliste.
3 Non-sens inconvenant.
4 Rapprochement baroque.
"Horreur vivante, honte, ignominie comblée de désirs, à la fin je t'ai acquise comme la science!" (Claudel, Tête d'or) De quelle sorte d'ajout s'agit-il? ________.
1 Un baroquisme, car les mots, les idées, les figures semblent le fruit d'une grande recherche.
2 Une accumulation, car il y a plusieurs mots de même fonction et de même classe de sens.
3 Une énumération, car on ajoute des éléments de contenu de façon à constituer une série.
4 De verbiage car il s'agit de dire des riens.
Méfiez-vous de la facilité. Il faut se garder de tomber du côté où l'on se penche (Colette). C'est ______.
1 une pointe (pensée subtile, dont la forme pose un défi au lecteur)
2 un concetti (formulation inattendue, qui montre de l'esprit)
3 du baroquisme (excès de recherche dans les idées et dans l'expression)
4 du persiflage (on feint de louer mais c'est pour réprouver)
Y a-t-il du baroque dans ces quatre vers de Luis de Camoens, qui terminent un sonnet? Pour panser ma blessure implore donc ce Dieu // Qui dans ton beau printemps ta jeune vie trancha / Qu'afin de te revoir il m'arrache d'ici / Aussi vite qu'il sut t'arracher à mes yeux.
1 (Il faudrait pouvoir lire l'original, en portugais.)
2 L'amour au delà de la mort.
3 Les qualifications et l'équilibre syntaxique.
4 «Aussi vite qu'il sut...»
On sait qu'un affront du père de Chimène envers celui de Rodrigue a obligé ce héros à un duel dont, contre toute attente, il sort vainqueur. Chimène à son tour suscite à Rodrigue un duel car elle se doit, elle aussi, de venger son père, comme Rodrigue l'avait fait pour le sien. Rodrigue alors vient lui dire qu'il ne se défendra pas contre Don Sanche. «Je vais lui présenter mon estomac ouvert / Adorant, de sa main, la vôtre qui me perd.» (Corneille, le Cid, v.1499-1500).
1 Situation classique. Le héros mourra pour accomplir le souhait de sa «maîtresse».
2 Situation baroque. L'invincible se laisse vaincre par amour.
3 Éloquence subtile. Il accule Chimène à le perdre si elle ne renonce pas à venger son père.
4 «Pointe» baroque (agudeza, conceptisme).
Réaction 10




La logique ne peut s'exercer sur rien. Sa matière est faite d'idées et de relations entre elles. Les idées "copulent", dit Valéry. Le difficile n'est pas d'en avoir, mais de diriger leur flot, une fois découverte la manière de les inventer.

Exemple, puisé dans le domaine de l'orthographe.
On observe que ph se prononce f. On lit dans le dictionnaire de la prononciation de Martinet et Walter (p.22) que quand deux lettres transcrivent un seul son, c'est un digraphe. On cherche un analogon. Peut-on avoir trois lettres pour un seul son? Eau, par exemple. Serait-ce un trigraphe? On feuillette Martinet et Walter. Ils en parlent. C'est bien le mot qu'ils utilisent. Ainsi, une idée à jailli de deux autres, et elle a reçu son nom. On a découvert des mots et des choses.


Va-t-il vraiment falloir, pour écrire, se tordre les méninges, assembler une à une des idées en comparant des définitions jusqu'à parvenir à en concevoir de nouvelles? Est-ce la seule façon d'apprendre à rédiger? Écrire, c'est bâtir de nouvelles phrases, assembler autrement ses mots, c'est l'exercice d'une compétence strictement linguistique ou stylistique, acquise par imitation des auteurs à succès ou contre eux, mais sans devoir aller jusqu'à la logique, non?
Réaction 11


L'expression suit parfois la pensée sans même qu'on doive y penser. La linguistique et la stylistique sont utiles mais pas aussi indispensables que la logique. Pénétrer la diversité du réel et celle des mots se fait, seul ou avec d'autres, par un maniement d'idées dont on peut acquérir les rudiments. La logique met les idées en relation les unes avec les autres, dans leur pureté, selon quelques règles élémentaires (induction, déduction), moins compliquées qu'on ne croit, et qu'on utilise déjà sans le savoir, journellement.

La pragmatique ne suffit pas bien qu'elle s'occupe des types d'actes de parole, des intervenants, de leurs intentions, de leurs positions. Elle analyse l'énonciation comme acte effectué. Elle ne crée ni n'invente encore quoi que ce soit de nouveau. Si l'on rapproche les positions défendues par deux groupes antagonistes, c'est la logique qui permettra de montrer qu'il existe une troisième voie pour sortir du dilemme, par exemple. En campant sur le terrain apparemment plus solide de l'abstraction, des concepts, des contenus, la logique se détache tant soit peu de la réalité envahissante et se donne un espace de liberté. Elle permet d'aller du particulier au général, ou du général au particulier, par l'intermédiaire de la négation ou de l'affirmation. Ainsi s'explique qu'elle puisse paraître si décisive et, malgré cela, dans certains cas, ne l'être pas du tout (il y a un risque dans l'hyperlogicisme).

Pourquoi faut-il commencer par la sémantique et la pragmatique pour passer ensuite à la logique et à l'argumentation?
Réaction 12


On ne bâtit pas sans matériaux. Il faut sans cesse alimenter son travail par des lectures, des élucidations de sèmes, des repérages de prises de position, pour ensuite opérer des rapprochements qui seront parfois féconds, engendrant des idées nouvelles, ou des arguments (sur des fiches synthèses).

Quelle différence voyez-vous entre une démarche qui assimile et met en oeuvre ces disciplines intellectuelles et la façon de procéder sans méthode, où l'on tente de rédiger sur le pouce, sans préparatifs?
Réaction 13


S'arracher à la répétition plus ou moins aveugle des paroles entendues, aux habitudes inconscientes, qui sont la façon collective d'aborder le réel, analyser les idées et les mettre en relation dans la lumière comme intemporelle qui peut les faire briller d'elles-mêmes, tirer des conclusions ou tisser de nouvelles hypothèses, c'est pratiquer la logique.

Elle passe toujours par les mots. Mais comme son lien avec le réel reste le problème primordial, la question de l'existence et des quantités se pose. À la logique «majeure» de la dialectique s'adjoignent donc les calculs mathématiques, des tableaux, des graphiques, des opérations sur les ensembles, de l'analyse combinatoire, des indices de sondage, des statistiques. Rien de tout cela, qui peut demander des travaux d'équipe et des années de recherche, n'est exclu; mais pour l'actuel apprentissage, il suffit ...de savoir comment s'y prendre, de savoir ce qu'on peut faire.
Comparer: a sapin - lapin; b sapin - épicéa; c sapin - conifère; d sapin - bouleau. Réponses possibles: A Lexicologie (ce sont des paronymes); B Sémasiologie (épicéa est le terme propre); C Logique (sapin est l'hyponyme de conifère); D Contexte réel (un bouleau est qqch. d'autre).
1 aA bB cC dD
2 aD bC cB dA
3 aA bC cB dD
4 (Autre chose)
Ordonnez les éléments ci-dessous selon le principe: "Passage à une catégorie de plus en plus large". a) Pommes produites au Québec (b) Fruits (c) Pommes canadiennes (d) Pommes Mc Intosh québécoises (e) Fruits canadiens.
1 (a) (d) (e) (c) (b)
2 (d) (a) (c) (e) (b)
3 (a) (d) (c) (e) (b)
4 (b) (e) (c) (a) (d)
Réaction 14


Aurait-on obtenu le même classement si d avait été Pommes Mc Intosh sans plus?
Réaction 15


Oui et non. D'abord (a), (d) ensuite, aurait aussi été possible. Et dans la pratique, cela se produit souvent. Il faut simplifier ou spécifier pour arriver à classer. La mise en ordre entraîne des ajustements.

Les substances comparées ci-dessus --- et tous les génériques ou spécifiques --- sont habituellement des noms communs ou des qualificatifs. Pour les autres types de mots, les adverbes, les verbes, les pronoms, y a-t-il une place en logique? Ou bien celle-ci ne travaille-t-elle que sur les substantifs et les qualificatifs?
Réaction 16


Elle travaille aussi sur les verbes et les adverbes, donc avec tous les mots lexicaux. C'est normal puisque ceux-ci donnent des sèmes. Voici un exemple avec verbe et qualificatif.
Voici trois couples de mots renfermant chacun un verbe et un qualificatif. a) automatiser, automatique b) raccourcir, court c) anoblir, noble Dans chacun de ces couples, il y a une relation entre les deux termes. Cette relation est ________.
1 partout la même
2 un peu différente en a
3 un peu différente en b
4 un peu différente en c
Réaction 17


Les mots lexicaux ont par définition un contenu sémantique. Mais les noms propres et les pronoms désignent des substances de façon directe, sans contenu sémantique, par dénomination propre ou par désignation contextuelle. Ex. Gérard, il est à Zurich. Les autres mots grammaticaux n'ont pas d'emploi en logique, faute de contenu conceptuel. Les noms propres et les pronoms ne peuvent désigner que des "individus" au sens logique du mot (on ne peut les diviser conceptuellement, les analyser). Ils peuvent seulement servi de thème, pas de prédicat. On touche ici à quelques distinctions fondamentales.
-- Je vois un chien. -- Quel genre? -- Bas sur patte. -- Kip? -- Lui-même.


Quelle différence voyez-vous entre les trois dénominations (en gras) de la même substance?
Réaction 18


La première est un générique. Le nom commun de chien contient les sèmes communs à Kip et à ses congénères. Cet ensemble de sèmes est la compréhension du mot chien.

Kip est un nom propre. Il désigne un individu de manière unique, sans passer par des sèmes. On dit qu'il est désigné en extension (le mot Kip a pour extension l'individu canin dont c'est le nom). C'est le mot chien et aussi le spécifique "bas sur patte" qui désignent le même individu en compréhension.

Quant à lui-même, il s'agit d'un pronom qui a la même extension que Kip, mais non par dénomination propre : par relation directe avec le locuteur (et son environnement), au moment de l'acte de parole. C'est par rapport au sujet parlant que Kip est lui et qu'il est cela même.

Compréhension et extension.
En logique, préciser l'extension du concept "triangle", c'est:
1 considérer l'ensemble des objets auxquels convient le concept "triangle"
2 préciser l'évolution et les différents sens du mot triangle
3 indiquer les différentes catégories de triangles
4 préciser l'ensemble des caractéristiques essentielles du triangle
Réaction 19


En logique, l'extension d'un concept est donc l'ensemble formé par tous les êtres, objets ou situations auxquels un concept peut s'appliquer. Par exemple, pour le triangle : les triangles isocèles, les élection triangulaires, les cas de triptyque hégélien (thèse-antithèse-synthèse), les pyramides, certains instruments de musique, des situations dramatiques comme celle mari-femme-amant, les outils de dessinateur qui permettent de tracer des angles droits (etc.) L'extension n'est pas la définition de toutes ces parties mais la quantité finie d'objets qui s'y rencontrent effectivement. (Pour rester pratique, on fera semblant que l'extension se limite à ce que les intervenants peuvent connaître.)
En logique, préciser la "compréhension" du mot oiseau, c'est ________.
1 considérer la totalité des êtres que recouvre le concept d'"oiseau"
2 rassembler les caractères de l'oiseau
3 relever les sens ou acceptions du mot oiseau
4 considérer les propriétés spécifiques des oiseaux
Réaction 20


On voit bien que la logique se spécialise dans la description des sèmes, donc de la compréhension, mais on sait aussi que le prédicat n'est pas le tout de l'assertion : il y faut un thème; et de la même façon un ensemble de sème qui constitue une compréhension a besoin d'une substance à laquelle s'appliquer, donc d'une extension (qui rassemble tous les référents possibles).
La nuit, tous les chats sont gris.


Cette extension maximale assure à la proposition son universalité, qualité essentielle en logique puisque les cas particuliers sont résolus d'emblée. (Or mon chat est noir, donc celui que tu as vu cette nuit pourrait fort bien être le mien). Si ce n'est pas la nuit, le chat gris n'est sûrement plus le mien.
Tu as vu quelques chats gris. Or mon chat est blanc. Donc tu n'as pas vu mon chat.


Voilà une proposition particulière (non universelle : le thème est un nombre limité de chats gris, pas tous) et une proposition négative (ce que tu as vu n'est pas mon chat). Quant à mon chat est blanc, c'est une proposition singulière (thème individuel). Plus loin, il nous faudra tenir compte de l'extension et de la compréhension pour assurer la validité des raisonnements.

S'il y a une multiplicité de sèmes dans les éléments définitoires (la compréhension) et une multiplicité de référents possibles dans l'extension, peut-on comparer ces deux quantités, pour se faire une idée plus précise du fonctionnement des concepts?
Si vous comparez l'extension et la compréhension des concepts "chat" et "carnassier" vous concluez que le concept de ________ que celui de ________.
1 "chat" a plus d'extension et plus de compréhension ..... "carnassier"
2 "chat" a moins d'extension et moins de compréhension ..... "carnassier"
3 "carnassier" a moins d'extension et plus de compréhension ..... "chat"
4 "chat" a moins d'extension et plus de compréhension ..... "carnassier"
Comparer les qualificatifs, du point de vue de la référence. La langue française / la ténacité française. Ils ont ________.
1 la même compréhension
2 la même extension
3 une compréhension différente
4 une extension différente
Réaction 21


Plus un terme contient de sèmes spécifiques, plus il s'éloigne (en compréhension) de celui qui ne contient que le sens fondamental.
Animal. Monture. Cheval. Destrier. Alezan.


Peut-on toujours ajouter des spécifiques, augmentant la compréhension, diminuant l'extension? Blaise Pascal, dans ses Pensées (#114), semble croire que oui.
La diversité est si ample, que tous les tons de voix, tous les marchers, toussers, mouchers, éternuers... On distingue des fruits les raisins, et entre eux les muscats, et puis Condrieu, et puis Desargues (un ami de Pascal qui avait une vigne à Condrieux), et puis cette ente. Est-ce tout? En a-t-elle jamais produit deux grappes [identiques]? Et une grappe a-t-elle deux grains pareils? Etc.




Le petit etc. permet sans doute d'aller jusqu'à la molécule, jusqu'au chromosome... mais en compréhension il y a un point d'arrêt : pour le cheval, ce serait le nom propre, par exemple Rocinante, le cheval de Don Quichotte. On peut cesser de diviser et spécifier quand l'extension (définie arbitrairement par proximité aux interlocuteurs) ne présente plus qu'une seule substance qui réponde à la définition. Le nom propre désigne un individu. Le mot individu veut exactement dire cela : "ce qui est indivisible» (logiquement).

Mais on a vu qu'avec le nom propre, on visait un référent, non une idée. Quelles sont les types de relation possibles entre les idées? Le sens d'un mot est composé de plusieurs sèmes. On comparera deux sens par la théorie des ensembles. Vous souvenez-vous d'avoir dessiné des patates empiétant plus ou moins les unes sur les autres? Quelles sont les relations possibles de deux ensembles?
Entre sphère et boule, il y a une relation d'______.
1 identité
2 inclusion
3 exclusion
4 intersection
Réaction 22


Voici donc cinq types de relation possibles, ni plus ni moins.



Identité, inclusion, exclusion, intersection, ...ou incompatibilité.

Les divers types de relations ensemblistes, tout spatiaux qu'ils sont, concernent, ici comme en mathématiques, des parties de réel perçu, conçu, conceptualisé. (Voir notamment la Logique sans peine du père d'Alice au pays des merveilles, Lewis Carroll). Ils concernent donc bel et bien des idées, comme la logique, pas tellement plus éternelles tout compte fait que nos impressions qualitatives, ou encore les réactions mesurables à l'aide d'instruments. Tout objet suppose un minimum d'analyse en genre et espèce dans cet espace invisible à l'oeil, qui sépare les notions à comparer (et à placer sur sa palette avant d'écrire). Ex. L'ARBRE est un «végétal», la FORÊT est un «ensemble» d'arbres ou un «lieu» planté d'arbres.

Les arbres sont dans les forêts (pas tous), mais l'idée "arbre" est-elle pour cela incluse dans l'idée (le sémème) "forêt"? (Ne pas répondre ici avant d'avoir revu les définitions, la liste des sèmes, de chacun de ces mots, qui doivent devenir nôtres pour être comparés dans leur sens.)
Entre arbre et forêt, il y a une relation d'______.
1 identité
2 inclusion
3 exclusion
4 intersection
Réaction 23


Il y aurait un rapport entre ARBRE et VÉGÉTAL (inclusion) ou entre ARBRE et PLANTE (exclusion). Si on considère les sèmes respectifs d'arbre et de forêt, on trouve des sèmes spécifiques communs comme «avoir des feuilles mortes», «donner du bois». Mais pas de générique commun. Donc il faudrait parler d'intersection. Il y a des sèmes exclusifs à chacun.
Il y a une relation entre un arbre et un fruit. On sait par exemple qu'un bon arbre porte de bons fruits. Mais y a-t-il une relation entre le concept "arbre" et le concept "fruit"?
1 Non. "Arbre" appartient au genre "végétal"; "fruit", au genre "organe".
2 Il y a une relation d'inclusion. L'arbre porte du fruit ou non.
3 Vu que l'arbre n'est pas le seul végétal à porter des fruits, il s'agit plutôt d'une relation d'intersection.
4 "Arbre" est inclus dans "végétal", "fruit" est en rapport avec "végétal" en tant qu'"organe", donc autrement. C'est une intersection.
Réaction 24


Quand il y a identité, on peut commencer à compter (une orange, deux oranges, etc.) Survient une poire, impossible de l'additionner comme orange, mais les oranges et les poires sont des fruits, on peut continuer à compter en parlant de fruits. L'addition est une opération qui doit porter sur des objets identiques conceptuellement.

Supposons une absence d'identité presque totale. Le revolver à cheveux blancs des surréalistes. Ou la montre molle. Pas même une intersection en vue. Ici intervient la relation d'incompatibilité. Les éléments sont dans des univers différents.

L'exclusion, elle, suppose un générique commun. PLANTE s'oppose à ARBRE parce que tous deux sont des «végétaux». Pour s'exclure l'un l'autre, ils doivent être du même genre, qui est comme leur espace logique, leur cadre. Si l'on compare ARBRE avec quelque chose qui n'a rien à voir, par exemple COMPÉTITION, il n'y aura pas de sème générique possible et dans ce cas, plutôt que d'exclusion (car, dans leur altérité radicale, les deux sont compossibles), on parlera d'incompatibilité (logique) : les sèmes de l'un ne pourraient entrer dans la définition de l'autre.
Entre cadet et aîné, il y a une relation d'______.
1 identité
2 inclusion
3 exclusion
4 intersection
Entre fleur et jardin, il y a une relation d'______.
1 identité
2 inclusion
3 intersection
4 (Autre chose)
Réaction 25


Il y a intersection entre deux sémèmes, d'une part lorsqu'ils ont chacun au moins un sème distinct, d'autre part lorsque leur sème commun n'est pas leur générique.

Ex. «Pomme» et «Canada» sont en intersection (sèmes distincts: «fruit» et «pays»; sème commun: «endroit de production» car la pomme doit en avoir un et le Canada en est un). Le sème commun n'est un genre pour aucun.

Par contre, «Renault 5» et «voiture de sport» sont en exclusion plutôt qu'en intersection parce que ces automobiles ont en commun ...d'être des automobiles (sème commun générique) et que donc elles s'excluent mutuellement (voiture de ville / voiture de sport).
Relation entre Esculape (dieu romain de la médecine) et eucalyptus (plante médicinale).
1 Inclusion.
2 Intersection.
3 Exclusion.
4 (Selon le sens)
Réaction 26


Quelqu'un ferait observer que la piqûre du serpent cause une maladie que peut guérir l'eucalyptus, cela rendrait-il caduque l'analyse précédente?
Réaction 27


Oui, puisque les termes seraient ainsi en intersection. Cela ne veut pas dire que la première analyse était "fausse" et que la seconde, maintenant, est "vraie". Ni que ces analyses sont indéterminées. Cela veut dire que la logique est un acte lié à celui ou celle qui l'effectue; autrement dit, qu'en employant le mot incompatibilité, le premier analyste n'a pas fait de rapprochement; tandis qu'en parlant d'intersection, le second en a fait au moins un.

Théoriquement, on résout ce problème en réservant l'exclusion à des termes dont le genre commun est aussi le «genre prochain» (le plus proche possible). Autrement, il suffirait de remonter au genre le plus élevé possible, celui de l'être, pour que toutes les incompatibilités deviennent des exclusions. Mais cette vision des choses est platonicienne. Elle ne tient pas compte de Hegel et des autres philosophes qui ont tenu compte de la Critique de la raison pure, où Kant entend mettre fin au monde des idées (en Dieu). Mieux vaut recentrer psychologiquement la logique et accorder à chacun la liberté d'opérer graduellement ses propres systématisations (à l'infini).

L'idéal, pour chacun, reste de tenir compte du plus grand nombre de faits possible et de les organiser avec le plus de subtilité et d'exactitude.
Dans la population des étudiants en théologie, on compte ici 30% d'hommes, 55% de femmes et 15% de prêtres.
1 Inverser l'ordre. 15%, 30%, 55%.
2 Remplacer hommes par laïcs.
3 Façon de parler justifiée par l'état sacerdotal, qui a un caractère à part.
4 (Autre chose)
Réaction 28


Inclusion ou division?

Pour qu'il y ait inclusion, faut-il que l'un des référents soit contenu dans l'autre, comme une de ses parties (la fleur, la tige et la feuille dans la plante)? ou bien que les deux dénominations soient dans un rapport de générique à spécifique, en sorte que ce sont les familles de plantes (rosacées, liliacées, ombellifères, composées, etc.) qui sont incluses dans le mot plante?
Réaction 29


Les familles sont incluses dans le générique, dont elles sont les espèces et les variétés. Ici, l'inclusion est aussi appelée division. Les plantes se divisent en rosacées, etc. Les végétaux se divisent en plante, arbre, arbuste, mousse. Le vivant se divise en animal et végétal.

Certes, on voit mal comment on pourrait avoir une fleur (au sens propre du mot, une vraie fleur, et dans sa réalité référentielle, comme chose) sans qu'il y ait une plante. Cependant toute plante ne porte pas de fleur, ni nécessairement de feuille ou de tige. La logique se heurte facilement à la diversité de la réalité. Le manchot, qui vit dans l'eau et nage pour pêcher est-il correctement classé comme oiseau? Difficile d'en faire un poisson pour autant. Et les fleurs de mer carnivores... Les espèces semblent se moquer de la logique mais la logique est capable de s'adapter à tout ce qui lui est apporté. La zoologie et la botanique restent les deux domaines où les subdivisions logiques ont le mieux réussi. Elles sont à peu près stables. Les autres sciences n'osent pas présenter d'arbre logique de leurs éléments. Les sciences de l'homme en reprennent sans cesse la définition ou se contentent de constater des usages. Ils sont tirés d'ouvrages célèbres... en attendant mieux. La logique est l'auberge espagnole de chacun de nous.

Vive la liberté et la réinvention constante des concepts et de leurs relations! Voici trois propositions. Une tenture d'un beau vert émeraude. Kip est un cocker. Ce sont des chiens irlandais. Dans laquelle voyez-vous un rapport d'inclusion?
Réaction 30


Vert est générique d'émeraude. Il y a d'autres verts. Il inclut émeraude.

Kip est un individu. Comme tout individu, il est le terme d'une division. Il divise cocker (ultimement). Il est donc inclus par lui.

Irlandais, comme nom de race canine, est un spécifique (de chien). Celui-ci l'inclut.

Les concepts se manifestent au passage des choses aux mots, ou des mots aux choses. On passe toujours par le concept : il est ce qui se grave en chaque personne, et il varie selon les "gravures" antérieures. Le degré de précision, et le nombre des référents (l'extension) varient. Ex. : Un enfant unique peut prétendre qu'il est «à la fois le cadet et l'aîné». Et il y aura des avantages comme des inconvénients à cette double prétention. Il pourra préférer prétendre qu'il n'est ni le cadet ni l'aîné puisqu'il n'y a personne avant ni après lui, et échapper ainsi aux inconvénients, mais perdre les avantages.

Et les quantités (dont s'occupent les mathématiques) pourraient donc appartenir à la logique?
(...) de même qu'il est des corps d'animaux, des corps humains, c'est-à-dire des assemblages de cellules dont chacun, par rapport à une seule, est grand comme une montagne, de même il existe d'énormes entassements organisés d'individus qu'on appelle nations (PROUST, à la recherche du temps perdu, t. XIV, p. 95). La quantité (grand comme une montagne, énormes entassements) ______.
1 est toujours concrète et donc exclue des définitions de mot.
2 est une idée et donc une qualité, mais toujours un virtuème.
3 s'oppose à la qualité et appartient à la substance à définir.
4 peut servir de sème spécifique, générique, et même de classème.
Réaction 31


Les quantités sont donc des qualités comme les autres et, pour débroussailler les problèmes, il convient de se demander à quel point de vue on se place. Le point de vue mathématique est intéressant parce qu'il est à la fois concret (les nombres sont des quantités) et abstrait (les variables peuvent être des choses différentes réunies d'un point de vue quelconque).
Voici quatre paires: A aquarium / poisson; B archipel / île; C syndrome / symptôme; D denture / dent. Le rapport des éléments entre eux est-il le même dans les quatre?
1 Oui.
2 Non. Il est différent pour A.
3 Non. Il est différent pour C.
4 Non. Il est différent pour D.
Réaction 32


Trouver le point de vue.

La logique gagne en précision pour qui a trouvé le point de vue approprié. Chacun pourrait établir progressivement son propre classement en constituant des séries. On prendrait la méthode, assez libre, des constituants immédiats, inaugurée plus haut (pour faire sa nomenclature).
Un (ou plusieurs) des objets suivants n'entre pas dans l'ensemble que forment les autres. "Fauteuil, canapé, chaise, divan, table à café, berçante."
1 chaise
2 table à café
3 canapé et divan
4 berçante
Soit l'ensemble des objets et des êtres suivants: téléphone, souris, moteur automobile, photographie, réveille-matin. Quel élément ne peut pas être rattaché aux autres?
1 téléphone
2 réveille-matin
3 photographie
4 (Autre chose)
Réaction 33


Règle. Dans un ensemble d'objets divers, on peut regrouper en un sous-ensemble les éléments qui ont en commun une même caractéristique.

Il a été déjà question de point de vue ci-dessus : pris sur les spécifiques, il donne les classèmes... Mais c'est ici dans un sens plus large, antérieur, que nous prenons maintenant cette expression. C'est inconsciemment qu'on réfléchit, avant de tout organiser de façon «claire et distincte». Pour discerner ou cerner le point de vue qui est le sien, pour le faire apparaître, on essayera notamment d'introduire des valeurs. Elles sont plus subjectives. Et de les nommer.
Voici quelques monstres mythiques : Gargantua, Héraclès, King Kong, Quasimodo, Samson. Ils ont été classés par ________.
1 férocité croissante
2 taille croissante
3 ordre chronologique
4 (Autre chose)
Réaction 34


En appliquant ce type de recherche à ce que l'on a rassemblé sur des fiches doc au hasard de ses lectures, il devient possible de découvrir, aisément ou laborieusement, le fil conducteur de sa propre démarche. D'aucuns se voient semblables à quiconque, négligeant, faute de la savoir possible, leur propre originalité. Mais ces analyses ne sont pas toujours faciles.
Dans la nomenclature suivante, trouver une identité, une inclusion une exclusion et une intersection. Alcoolisme. Alcoolique. Alcool. Drogué. Marijuana. Compulsif. Accro. Être sous la dépendance de.
1 Alcoolisme - alcoolique. Accro - drogué. Marijuana - alcool. Compulsif - Accro.
2 Compulsif - accro. Drogué - marijuana. Accro - être sous la dépendance de. Alcoolisme - alcoolique.
3 Être sous la dépendance de - compulsif. Accro - drogué. Alcool - marijuana. Alcool - alcoolique.
4 Accro - Être sous la dépendance de. Accro - drogué. Alcoolique - drogué. Compulsif - marijuana.
Réaction 35


Le degré d'abstraction...
Chers amis auditeurs, excusez-nous pour cette coupure ________, qui a interrompu nos émissions pendant quelques instants.
1 de courant
2 d'électricité
3 (Au choix)
4 (Selon le sens)
Réaction 36


L'emploi de courant, sans plus, au sens de «courant électrique» est une synecdoque généralisante (vue au module de sémantique).

L'abstrait peut se voir désigner par un substantif dérivé d'un qualificatif (ex.: les mots en -ité). Le concret a souvent une désignation plus substantielle (Ex.: le courant électrique).

Parfois le même mot reçoit une acception concrète ou abstraite suivant le contexte. Ex.: méninges, cervelle peuvent désigner l'intelligence. Définition. Synecdoque généralisante : «remplacement du terme propre par son générique ou un autre terme général». Ex. Avoir des animaux (pour «un troupeau de vaches»).
Rem. Le terme général est donc pris dans un sens plus spécifique ou plus concret que le sien. C'est une figure des plus fréquente dans les textes scientifiques et dans les titres, en vue d'accroître l'importance du sujet. Ex. Les Mots et les choses.

Dans l'expression la femme de Shakespeare, voyez-vous deux sens possibles, et tout différents, suivant le domaine?
Réaction 37


Dans le film historique où on voit le jeune dramaturge risquer sa vie pour les yeux de sa belle, il s'agirait d'une épouse interdite par les préjugés familiaux; mais, comme titre de recherche, la même expression sera beaucoup plus abstraite, elle visera les types de personnages féminins de l'oeuvre shakespearienne.
Comparez deux à deux les référents suivants. Dans quels groupes le second terme est-il plus abstrait que le premier? a) pomme, démocratie b) fruit, arbre c) homme, personne d) revendication, droit
1 a, b, c
2 a, c, d
3 b, c, d
4 (Autre chose)
Quel mot n'appartient pas à la même classe que les autres dans la série suivante: lyrique, épique, tragique, romantique, comique?
1 épique
2 comique
3 lyrique
4 romantique
Réaction 38


La proximité est donc une qualité sémique aussi. Le genre est proche des différences spécifiques. Il importe de partir d'analogons vraiment voisins et de même niveau d'abstraction si l'on veut arriver à des propositions claires. Sur l'échelle des énoncés (objet, idée, action, personne), on cherchera à situer les termes de sa nomenclature les uns par rapport aux autres, en établissant des degrés de proximité.

Établir des distances entre sèmes?

En prenant "extraordinaire" comme concept de départ, classez les suivants par éloignement croissant.
1 "Excellent", "étonnant", "excessif", "prodigieux".
2 "Prodigieux", "étonnant", "excellent", "excessif".
3 "Prodigieux", "excellent", "étonnant", "excessif".
4 (Autre chose)
Réaction 39


C'est en examinant son idée sur les termes, deux à deux, et en refaisant le classement jusqu'à obtenir des séries plus ou moins stables que l'on suscite en soi les concepts classificatoires pertinents dans sa vision du moment. La logique est une réalisation de soi dans les choses. Elle est toujours à recommencer mais certains de ses acquis finissent par être indéracinables, comme dans l'histoire des sociétés.

Types de relation entre éléments de nomenclature.

Pour faciliter le classement de la palette, et mieux tirer parti de chacun, on peut passer par les catégories d'Euler : identité , inclusion, exclusion, intersection, incompatibilité.

Dans le domaine de l'habillement, voici quelques couples à répartir selon ces cinq catégories. Par exemple, entre «chemisier» et «blouse», y a-t-il identité, exclusion, etc. Se poser la question pour chaque couple de notions et donne ici même son opinion personnelle.
A chemisier / blouse; B costume de bain / bikini; C châle / écharpe; D fichu / foulard; E ruban / mayonnaise; F chausson / chaussette; G socquette / chaussette; H fichu / résille; I robe / fronce; J dentelle / falbalas; K socquette / hauteur.

Réaction 40
A: identité; B : inclusion; C : exclusion; D : intersection; E : incompatibilité; F : exclusion; G : inclusion; H : intersection; I : intersection; J : intersection; K : inclusion ou incompatibilité?!


Que vient faire ici la mayonnaise? Est-elle dans le domaine du vêtement? Il y a deux sortes d'exclusions. Celle-ci est pure incompatibilité (pas de générique commun). La comparaison de tels termes oblige donc à considérer le domaine (ou le champ). Dès qu'on change de domaine, les mots peuvent prendre des acceptions nouvelles, comme on l'a vu danns le module d'introduction. Les incompatibilités ont donc pour fonction de faire apparaître les domaines.

Chausson / chaussette, est-ce bien une exclusion? Lexicalement, avec une racine commune et des suffixes opposés, oui; mais sémantiquement? D'autant moins qu'ils sont facilement confondus! Le sème commun est "couvrant le pied" et les différences sont "en feutre ou en tissu" et "en laine, ou une autre fibre". On voit, en tout cas, que les exclusions mènent tout droit à des définitions en compréhension. C'est leur propriété! Pour faire une définition, il faut trouver des analogons en exclusion. Les autres patates ont aussi leur emploi sémantique.

Les socquettes couvrent le pied. S'opposent-elles aux chaussettes ou bien sont-elles une division de ces dernières? Sans doute une division car il y a toutes les grandeurs : mi-chaussette, socquette, chaussette sport, mi-bas, bas trois-quarts... Ce sera donc une inclusion, car les inclusions favorisent les divisions.

Fichu / résille, par contre, n'offre ni genre ni référent commun. Le fichu est un vêtement qui couvre la tête, le cou, même les épaules alors que la résille, filet invisible, ne fait que tenir les cheveux. Ils se superposeraient et ne s'excluent ni dans la réalité ni comme concepts puisque la résille n'est pas un vêtement. Ils sont en intersection. Car ils se touchent partiellement, tout de même. Dans la réalité parce que les cheveux couvrent la tête. Comme concepts parce que le fichu aussi "maintient la chevelure". Mais ce n'est pour lui qu'un virtuème. Ce n'est pas spécifique. Et voici précisément à quoi servent les intersections : à dégager les virtuèmes, dont on sait qu'ils contiennent les propriétés. Les propriétés ne sont que les virtuèmes les plus significatifs. Les intersections débouchent donc sur les observations les plus prometteuses!

Fronce / robe, c'est aussi une intersection, car il y a une relation mais les fronces ne sont pas incluses dans l'idée ou la réalité des robes, elles ne les excluent pas non plus, mais il y a tout de même entre elles une certaine relation. C'est donc un virtuème. Pas une propriété, cependant.

Dentelle / falbalas. Toutes les dentelles sont-elles des falbalas? Pas nécessairement. Ni tous les falbalas ne sont des dentelles. Intersection donc virtuème. Propriété peut-être, mais ni omni ni soli ni semper : jugement de valeur plutôt. Significatif, par conséquent.

Curieux rapprochement de socquette et de hauteur: On aurait envie, à la fois, d'y voir une inclusion (la socquette a une certaine hauteur) et une incompatibilité (d'ordre conceptuel). Sommes-nous encore dans des choses comparables? Mais cette incompatibilité est ce qu'il y a de plus compatible puisque la hauteur réduite de cette chaussette-là est justement ce qui la définit comme socquette. Disons-le sans plus attendre : il s'agit d'un classème, c'est-à-dire de la désignation de la catégorie qui permet de trouver des sèmes (ici, spécifiques).

Définition et description.
Genres journalistiques: reportage, éditorial, article de fond, chronique, nouvelle, brèves, fait divers, courrier.
1 C'est une définition.
2 Simple énumération.
3 Ce sont les parties du sujet donc une «division».
4 Définition mais «en extension».
Réaction 41


Une bonne définition permet de comprendre la substance à définir dans ce qui la distingue. Elle doit être suffisamment ample (précise et complète). Il existe des définitions en extension, mais la liste doit être alors exhaustive. Il est habituellement préférable de passer à un concept abstrait pour être moins incomplet.

Faute d'arriver à définir, on se contente parfois de métaphores ou descriptions exemplatives.
«Le public, cette bête aux mille yeux et aux mille oreilles, qui attend sagement dans l'ombre, les deux mains sur les genoux.» (S. Chaput-Rolland) Il s'agit (la partie en gras)_________.
1 de spécifiques
2 de virtuèmes
3 d'une simple description
4 d'une métaphore
Réaction 42


Cet inconvénient se révélera ultérieurement un avantage car ce sont les jugements de valeur qui permettent de préciser les intentions des antagonistes. Mais ceci fait l'objet du module de problématique.

Voici comment procéder pour établir une définition vraiment logique.
«Le développement culturel des pays du tiers-monde est mal perçu, comme s'ils n'avaient pas droit à l'imaginaire.» Pour définir développement culturel, trouver (1) un analogon, (2) des sèmes communs et (3) des sèmes distincts.
1 (1) les ressources culturelles, (2) déploiement socio-économique, (3) essor des moyens d'expression
2 (1) la production artistique, (2) ce qui se vend, (3) ce qui est apprécié pour sa beauté
3 (1) la création littéraire, (2) les succès durables, (3) où la masse se reconnaît
4 (N'importe)
Réaction 43


Trouver les termes reliés....
Les pupilles, le miroir de l'âme, la cornée et le nerf oculaire sont des éléments qui se rattachent ________.
1 à la vision
2 aux yeux
3 au regard
4 (Autre chose)
Titre de pièce de théâtre: les quatre Morts de Marie. Morts veut dire ______.
1 que quatre personnes sont mortes
2 que Marie est morte quatre fois
3 (Selon le contexte)
4 (Autre chose)
Réaction 44


Mieux vaut partir des phrases existantes dans les habitudes culturelles, et les discuter ou les modifier progressivement par la suite. En tout cas, on évitera les deux extrêmes : s'y tenir scrupuleusement, ignorer leur existence.

La définition est d'ailleurs parfois une forme sans plus, qui ne définit pas vraiment. Elle véhicule toutes sortes d'affirmations ou de facéties. "L'homme est un loup pour l'homme" (plus animal, tu meurs). "Un spécialiste est quelqu'un qui est envoyé par sa société" (la fonction crée la compétence?)

Définition «oratoire».

On appelle oratoire ou rhétorique un procédé simulé, détourné de sa fonction initiale, utilisé dans cette forme pour un nouveau but.
"Si l'on doit s'entendre sur ce qu'est le jazz classique, disons que c'est une musique dont la liberté est limitée par la tradition." Il ________ du jazz classique.
1 y a, ici, une bonne définition
2 y a, ici, une définition contestable
3 n'y a pas ici de définition
4 y a, ici, une définition rhétorique sans plus
Réaction 45


Par ce biais de la forme, plus d'une définition introduit subrepticement un jugement de valeur. À ce titre, elles sont d'ailleurs utiles à la problématique. Ce qui remplace alors les spécifiques, ce sont de simples virtuèmes, vigoureusement connotés. On choisit les plus exclusifs. Cela permet de rejoindre plus directement le référent, tout en le décrivant d'avance. Nous retrouvons ici les propriétés. Il est précieux d'en avoir dans ses fiches doc.

Utilité des propriétés.

Quoique les propriétés ne soient pas des spécifiques (ce ne sont que des virtuèmes), elles conviennent particulièrement à leurs référents. Ils s'y retrouvent d'emblée.
Une fiche doc sur la mise en scène théâtrale se lit comme suit : Le montage alterné juxtapose des actions se déroulant en même temps jusqu'à la fusion finale. L'alternance est souvent plus justifiée par la dynamique du montage que par les nécessités dramatiques. «Justifiée par la dynamique du montage» est ______.
1 générique
2 spécifique
3 virtuème
4 propriété
Le swing est un balancement (1) rythmique (2) propre au jazz (3).
1 (1) générique, (2) spécifique, (3) virtuème
2 (1) spécifique, (2) générique, (3) classème
3 (1) spécifique, (2) générique, (3) propriété
4 (Autre chose)
Réaction 46


Ce qui est intéressant, avec les propriétés, c'est qu'elles se prêtent à des analyses qui font apparaître leur valeur. Elles ont été résumées dans une formule latine : omni, soli, semper. Ex. Les rayons égaux du cercle sont des propriétés de tous les cercles (omni = tous), seulement des cercles (soli = seuls), en toutes circonstances (semper = toujours). En revanche, «être bon médecin» est une propriété de l'homme ou de la femme, soli, mais pas omni, ni semper.

Les propriétés n'étant pas des éléments de définition, leur rapport avec ce qui est à définir est un peu particulier. Il ne s'agit ni d'inclusion ni d'exclusion. Et comme le rapprochement est typique, on parle de composition. La substance "compose" avec le prédicat de la propriété sa propre particularité (forme, couleur, etc.) Référent et propriété entrent en composition. Mais voyons les choses de plus près.

Division et composition.

La capacité des mots en ce qui regarde le fait de viser les référents à travers des sèmes a pour effet que la division peut s'opérer d'emblée entre spécifiques (Ex. Une majorité simple ou relative), ou en considérant les référents (Ex. Une majorité forte, ou une voix de majorité). La distinction est une question de contextualisation. Mais les prédicats ne font pas que diviser (leur générique) ou inclure (des parties de référents). Ils peuvent aussi multiplier (ou composer) leur contenu avec celui de la substance. Dans l'exemple classique : le roi de France est chauve, de quelle façon trouvez-vous que le prédicat chauve est appliqué au sujet roi de France?
Réaction 47


La calvitie ne fait pas partie de ses hautes fonctions. S'il lui manque des cheveux, cela n'a aucun rapport avec le contenu sémique de l'expression roi de France. Cela a beaucoup à voir avec la personne du roi actuel, par contre. Il y a composition quand le prédicat s'applique au référent comme tel et non aux sèmes de sa dénomination. La division s'oppose à la composition en ce sens que le contenu sémique de roi de France pourrait recevoir un type de prédicat de même ordre logique (Le roi de France était un puissant monarque, dont le territoire s'étendait jusqu'à la Meuse et à la Gironde).
On sait que le roi de France est grand allie "roi" et "grand" en jonction, tandis que le roi de France est chauve les allie en connexion. Il y a jonction sémantique du fait que c'est en tant que roi qu'il est grand, alors qu'il n'y a que connexion avec chauve. Quelles sont, parmi les noms de couleur qui suivent, celles dont les composantes sont en connexion?
1 Rouge tomate, gris souris, vert bouteille, bleu ciel.
2 Rouge vif, gris clair, vert acide, bleu électrique.
3 Rouge uni, gris indéfinissable, vert délavé, bleu sale.
4 (Au choix mais de préférence 1)
Réaction 48




Un autre exemple courant est : Ce médecin est excellent. Excellent médecin? Non! Excellent homme... Comment voyez-vous la relation entre excellent et médecin?
Réaction 49


Les concepts mis en relation, «médecin» et «excellent», sont d'abord mis en division (parmi les médecins, il y a ceux qui sont excellents, dont fait partie celui dont on parle, et il y a les autres). On dit aussi, en ce cas : il est excellent en tant que médecin. Il y a jonction des concepts, pour parler comme les linguistes américains. Ensuite, quand on bifurque vers excellent homme, ce n'est plus en tant que médecin qu'il excelle, le sens est «composé» (terminologie classique) ou en connexion (terminologie américaine).
Un athlète amateur de vin blanc... Amateur, dans ce contexte, ______.
1 n'est qu'un sème virtuel (qui entre en composition)
2 spécifie (et donc divise) athlète
3 est le générique
4 est une propriété omni sed non soli