Le terme juste. 50 interactions. 124 QCM.

Diversité lexicale et diversité sémantique.

Si l'on envisage de plus près les mots lexicaux, qui sont les noyaux des groupes, on sent bien qu'il faut en avoir sous la main pour s'exprimer. Tout un chacun se trouve placé devant la tâche de découvrir les mots dont il aura besoin, les "mots justes", et d'étendre suffisamment son vocabulaire. Mais la diversité des mots est-elle seulement celle des entrées de dictionnaire, la nomenclature? Ne faut-il pas aussi considérer la diversité des sens de chaque terme, selon ce qu'il peut y avoir à exprimer, la terminologie?
Réaction 1


L'un ne va pas sans l'autre. On va constamment du sens aux mots et du mot aux sens. Il y a, en français, en dehors des jargons de métier, dans la terminologie courante, un choix de quelque 40 000 termes. La plupart des utilisateurs de la langue les connaissent, c'est-à-dire qu'ils les comprennent (connaissance passive) même s'ils n'en utilisent eux-mêmes qu'une partie (connaissance active). Décrivons la situation.

Vous vous promenez dans la campagne; un ruisseau passe sous le sentier par un tuyau de tôle galvanisée. Comment vos amis vont-ils désigner ce genre de petit pont? Ils peuvent se contenter, si leur terminologie est déficiente, d'un geste, d'un emplacement (là, dans le ruisseau), ou prendre un terme vague (le machin), en précisant par une qualité propre (une "propriété") et dire : le machin ondulé; ils peuvent passer par une autre langue (angl. : culvert), ou connaître le terme patoisant (québ. : calvette). Le mot juste ne leur est pas nécessairement inconnu puisqu'ils savent sans doute ce que veut dire ponceau (encore que le ponceau n'était pas un tuyau). Ils peuvent également former une comparaison : «comme un petit pont» ; voire une quasi définition : «une conduite d'eau sous une route».

Que peut-on faire quand on veut étoffer son vocabulaire de manière durable, trouver le terme juste? Ouvrir un dictionnaire?
Réaction 2


Le bon dictionnaire doit contenir tous les mots disponibles pour ce que l'on cherche à nommer. Il serait l'outil parfait s'il n'y avait, à son utilisation, un obstacle majeur : l'ordre alphabétique. C'est qu'il faudrait avoir déjà le mot qu'on cherche pour pouvoir en découvrir l'emplacement. À moins de tout parcourir de A à Z...

Mais peut-être franchissez-vous cet obstacle par le moyen des dictionnaires de synonymes?
Réaction 3


Le dictionnaire de synonymes définit dans leur particularité quelques autres mots censés "dire la même chose". Il permet de faire varier ou d'enrichir l'expression. Il suppose que l'on dispose déjà d'un mot approximatif et qu'il existe plusieurs termes pour le même référent (ce qui n'est pas toujours le cas). On part d'un terme très général, en espérant y trouver une variété de choix qui ouvrent sur des idées de plus en plus précises.

La limitation des dictionnaires de synonymes vient du fait que plus un terme est précis, moins il a de synonymes. Parfois, pour trouver de meilleurs termes que ceux qu'on a déjà à l'esprit, il faut étendre le champ exploratoire et se lancer dans les approximations. Il existe pour cela un autre type d'ouvrage : le dictionnaire analogique. On part de n'importe quel terme générique (pont, tuyau) ou d'un mot inexact mais proche (passerelle, drain). On extrait des listes tout ce qui est utilisable. Des phrases s'ébauchent. Dans le genre, l'outil pertinent est le Thésaurus de Daniel Péchoin (Larousse, imprimé et sur cédérom sous le nom de Bibliorom). Dans cet ouvrage, un «arbre de la connaissance» de 873 branches regroupe les mots par catégorie. On a donc par domaine puis par genre des listes complètes (puisque tous les mots des autres dictionnaires y ont trouvé leur petite place). Évidemment, on ne donne pas les définitions, ni les différences de sens : c'est le propre des dictionnaires proprement dits. On ne donne que des listes, les noms, les verbes, les adverbes, selon les champs sémantiques.

Le problème est cette fois de s'y retrouver parmi les catégories de rangement. Prenons le mot prolonger. Il a été mis au 4e niveau de la hiérarchie suivante : le monde : le temps : date et chronologie : retard (verbes). On trouve là faire traîner en longueur, ajourner, remettre, temporiser, tergiverser, lanterner, se faire désirer, etc. Qui donc sera doué d'une faculté d'analyse suffisante pour voir que prolonger doit sans doute se trouver, au premier niveau de classement, du côté de monde plutôt que de société ou homme?

Les génériques sont l'ébauche d'une définition. Ils ne sont pas une voie d'accès évidente et pratique.

Les auteurs du Thésaurus en ont tenu compte en multipliant les cases. Ainsi, les variétés de prolongation ne se cantonnent pas dans la catégorie du temps. On trouve aussi prolonger dans la case le monde: le mouvement: les forces et leurs actions. Inertie (verbes). Il est cette fois en compagnie de immobiliser, paralyser; figer, éterniser, durer, perdurer, continuer, subsister, persister, se conserver, se maintenir; se perpétuer, se poursuivre, etc.

Considérons ces listes. Peut-on dire que tergiverser (1re liste) et paralyser (2e liste), ou lanterner (1re liste) et se poursuivre (2e liste) sont des synonymes?
Réaction 4


Difficilement! Ils évoquent chacun leur contexte. D'ailleurs, c'est à partir de son propre contexte implicite que le locuteur choisit de retenir ou d'écarter tel ou tel terme. Il laisse une phrase se placer autour du mot et si elle lui convient, il garde le mot dans sa «palette» d'écrivain! Il peut y avoir des éléments de sens commun ("immobilité" pour tergiverser et paralyser, "persistance" pour lanterner et se poursuivre) mais c'est plutôt le contexte implicite, les emplois envisageables, les effets recherchés, ce qui diffère, qui oriente le choix.

Les dictionnaires analogiques ne peuvent donc offrir que des listes : ils auraient trop à dire et surtout ils doivent rester ouvert sur l'avenir, sur ce que l'utilisateur aura à dire. En donnant le nom latin de thesaurus à son ouvrage, D. Péchoin le présente comme recueil de listes classifiées. Les termes sont réunis par champs hiérarchisés. Les dictionnaires analogiques permettent de circuler entre les listes et en tous sens; le sien y ajoute un accès par termes génériques dont Aristote ne rougirait pas (V. le chapitre sémantique du cours de rédaction (www.cafe.edu, Écrire).

Les auteurs de dictionnaires analogiques partent des nomenclatures des dictionnaires courants. Comme tous leurs vocables ont été répartis entre les cases, les chances sont excellentes de tomber sur le meilleur terme disponible, à condition d'avoir une idée initiale précise et de connaître plus ou moins d'avance tous ces mots (connaissance passive). Ainsi, les ressources d'une langue ayant été triées et réparties en groupes de proximité de sens, elles redeviennent accessibles alphabétiquement. L'obstacle du désordre alphabétique des dictionnaires n'est plus infranchissable. (Soit dit entre parenthèses, c'est ce que le professeur Rheault et moi avons tenté de faire pour les procédés littéraires dans la CLÉ, sur www.cafe.edu)

Cela veut-il dire qu'avec deux bons dictionnaires, l'un encyclopédique (pour explorer le sens des mots) et l'autre analogique (pour trouver le meilleur terme) tout ce que l'on veut dire va pouvoir être désigné d'un mot lexical qui conviendra. Le terme juste ne peut plus nous échapper. Êtes-vous d'accord là-dessus? Tous les contenus possibles, qui appartiennent en droit aux langues, comme on l'a vu au début du module 1, vont-ils pouvoir être exprimés?
Réaction 5


C'est un point de départ mais tout un travail personnel reste à faire. Le possible dépend du moment et des personnes. Il n'a pas de limite préétablie. Même les choses ne seront jamais explorées de façon définitive, a fortiori les idées et les sentiments, qui se modèlent plus étroitement encore aux intentions de chacun et chacune, au moment présent. On peut toutefois penser que tous les mots actuels, s'ils sont présents dans les textes qui constituent le corpus des lexicographes, sont mis ainsi à la portée de quiconque. Cela suffit-il? Faut-il souhaiter d'aller plus loin? Est-ce possible?
Réaction 6


On rêve de pouvoir partir de son idée du moment, d'interroger quelqu'un qui connaîtrait tous les mots et pourrait inventer au mieux ceux qui feraient défaut. Mais comment communiquer exactement sa pensée? "T'sé (c'que j') veux dire"! Une communication peut-elle se passer de mots? Entre les êtres, quand il s'agit de sentiments, sans doute... et la communication n'en sera même que plus parfaite. Mais pour des contenus conceptuels?

Il semble impossible de communiquer à partir des idées, directement, et de "traduire" ensuite en mots. Les structuralistes soutiennent fort justement que les idées font corps avec les mots (bien que l'on puisse penser qu'elles ne sont pas limitées d'avance par une liste fermée des mots reconnus officiellement). Alors, pour dépasser le Thésaurus, ce qui serait envisageable serait de le refaire en augmentant la taille du corpus. Au lieu du petit Larousse, on partirait de tous les textes qui ont été publiés, par exemple, comme Paul Imbs et trente collaborateurs l'ont tenté pour la langue française, du temps du général De Gaulle, avec le Trésor de la langue française (trois volumes in-quarto de mille pages rien que pour la lettre A).

Cet ouvrage titanesque est terminé. Le texte obtenu par un travail acharné d'équipes successives est édité (CNRS-Gallimard, 16 vol., 1971-1994). Il est même accessible sur Internet:

http://atilf.inalf.fr ou en vente sur cédérom.

De plus, le corpus informatisé qui a rendu possible cette oeuvre grandiose (mais déjà un peu dépassée car les textes du XIXe y sont les plus nombreux) a été racheté par l'université de Chicago, qui le rend accessible sur abonnement à l'adresse :

http://www.lib.uchicago.edu/efts/ARTFL/databases/TLF/restricted/search.form.html

Un autre effort de dépassement à mentionner est la compilation, habilement informatisée, de sept dictionnaires actuels de synonymes : http://elsap1.unicaen.fr/cherches.html

Une fouille sur prolonger a donné ceci : accroître, allonger, augmenter, continuer, développer, entretenir, étendre, éterniser, faire durer, faire traîner, longer, perpétuer, poursuivre, pousser, proroger, rallonger, retarder, s'attarder, temporiser.

On voit que le travail collectif en langue donne des résultats largement ouverts à toutes les orientations. Il faut ajouter que la limitation initiale du corpus est pour beaucoup dans la cohérence des résultats. D'aucuns penseront que le tri préalable effectué par les lexicographes est un avantage. Avec une compilation exhaustive par ordinateur, on obtient alors une image conforme pour un état de langue limité mais cohérent. Il pourra convenir à la majorité des utilisateurs, du moins pour les besoins de la communication courante.

Si on entre en littérature et en recherche, on voudra faire soi-même son tri à partir des phrases réelles. Il faut alors pouvoir étendre le corpus. L'idéal, encore impraticable, serait de rejoindre le plus grand nombre de sujets parlants dans le plus grands nombre de leurs productions actuelles. Imaginons l'enregistrement d'un échantillon représentatif de ceux qui parlent le plus, avec transmission et traitement informatisé, puis un moteur de recherche rendant l'information disponible à ceux qui doivent communiquer au plus grand nombre. La langue évolue, ou plus exactement la communication est une réalité en exercice dans un présent continuel. Elle doit pouvoir prendre en compte le moins mal possible à la fois le passé, les besoins des groupes et les intentions des locuteurs. Les facilités de communication et de traitement des textes informatisés ouvrent la voie à une littérature qui sera de plus en plus un échange sur des réalités. Ou bien pensez-vous que la pureté de la langue entraîne le rejet de telles méthodes?
Réaction 7


Les moteurs de recherche comme Google (www.google.com) ou AltaVista offrent déjà quelque chose d'approchant : une fouille quasi instantanée dans les millions de pages récemment rédigées pour les vitrines internet. On y trouve bien entendu des fautes aussi bien que les formes courantes. Et le travail de tri reste à faire. Pas de lexicographe pour vous l'offrir sur un plateau d'argent. En quoi consiste ce travail de tri? Ne suffit-il pas que quelqu'un utilise un mot dans un sens donné pour que vous puissiez en faire autant sans hésitation?
Réaction 8


Pour qu'une communication réussisse, il ne suffit pas que la forme d'un mot (le lexème) soit transmise : il faut encore que le sens, dans l'esprit du récepteur, soit le même que dans celui de l'émetteur. On distinguera toutes sortes de degrés entre deux extrêmes : le cas de l'interlocuteur seul de son espèce et celui de la communication écrite à l'échelle de la francophonie. Reprendre un mot qui vient d'être utilisé, même s'il est impropre, est presque sans risque. Mais se faire lire à des milliers de kilomètres sur d'autres continents requiert un certain nombre de précautions, voire quelque garantie. Citer un président de la République ne suffit pas. L'autorité de l'Académie française ou celle du Littré ont été des solutions jusqu'au XIXe siècle mais voici que les journaux et la radio ont accéléré le renouvellement et l'évolution des mots et des sens. On est devenu plus sensible aux besoins locaux. Y a-t-il moyen de vérifier un état de langue, sur un point particulier, dans une groupe donné d'utilisateurs?
Réaction 9


On pourrait procéder par enquêtes et sondages. Faire par exemple des questions à choix multiple (comme celles de nos cahiers d'exercices), sur les points litigieux de l'évolution. On obtiendrait des indices voire des strates de compétence. Cela peermet de visualiiser le niveau mesuré de chaque choix. Par ailleurs, l'expérimentation de ces Q.C.M. permet d'améliorer l'apprentissage de la langue, en les attribuant aux groupes selon leur compétence du moment.

Voici les strates obtenues au Québec pour une QCM sur le lexème prolonger dont a vu plus haut les variétés.


QCM  3421                                100%|              ·
Lot Québec    Cycle 10         Valide    |   |              ·         +++++-
      %         Niveau    Discrimination |   |              · +++++-----2222
4*    29        2.11      0.25           |   |            ++-------22222
1     10        1.29      0.21           |   |       +++++--· 22222
2     46       -3.01      0.37           |   |    +++-----  22
-     07       -4.41      0.35           |   |++++---  22222·
+     02       -5.17      0.35           |   |  --   22     ·
3     05        0.00      0.00           |   |--  222       ·              1
-----------------------------------------|   |  22          ·         111114
Il est fortement question que soient     |50%|22·················1111144444·
______ les accords canado-américains     |   |              1111144444
sur l'automobile.                        |   |         11111· 444
1)     prorogés                          |   |    11111   4444
2)     prolongés                         |   |1111   44444  ·
3)     reconduits                        |   |  44444       ·
4)     (Selon la nuance de sens)         |   |44            ·
Même l'abstention (-) et le rejet (+) ont des strates significatives. Près du tiers valident la question.

La Q.C.M. n'est donc pas inutile. La même question posée à Liège obtient des strates très différentes. Le contexte juridique est préféré (choix 1); ensuite, le contexte commercial (3); enfin, le terme courant (2), mais ce ne sont pas les plus habiles qui optent pour le choix nuancé (4).


QCM  3421                                100%|              ·
Lot  BQlg0A   Cycle 0          Invalide  |   |              ·
      %       Niveau   Discriminance     |   |              ·
1     08      5.14      0.29             |   |              ·
3     12      2.95      0.29             |   |              ·           2222
2     56     -2.69      0.26             |   |              ·      22222
4*    24      0.00      0.00             |   |              · 22222
-----------------------------------------|   |            2222
Il est fortement question que soient     |   |       22222  ·
______ les accords canado-américains     |   |    222       ·
sur l'automobile.                        |50%|2222·························3
1)     prorogés                          |   |              ·         33333
2)     prolongés                         |   |              ·      333
3)     reconduits                        |   |              · 33333        1
4)     (Selon la nuance de sens)         |   |              33        11111
                                         |   |         33333·    11111
                                         |   |    33333     11111
                                         |   |3333   1111111·
                                         |   |1111111       ·
La bonne réponse prévue, qui laissait le choix selon la nuance, est devenue l'option de la 4e strate, celle des moins habiles. Plus d'absentions ni de rejets. Les strates les plus qualifiées se répartissent entre les contextes, privilégiant le juridique (après tout, ces accords sont contresignés); puis le commercial. La majorité prend le terme courant. Les oppositions sont tranchées sauf chez les répondants les plus faibles. Ce sont les plus accommodants...

Dans quelle strate aimeriez-vous prendre place, quant à vous?
Il est fortement question que soient ______ les accords canado-américains sur l'automobile.
1 prorogés
2 prolongés
3 reconduits
4 (Selon la nuance de sens)
Réaction 10


Ont voit dans le corrigé des différences qui ne sont pas des oppositions radicales. Il demeure possible d'ajuster ses choix selon le public. Voici un exemple plus net.


QCM  60967                               100%|              ·
Lot Québec    Cycle 33         Valide    |   |              ·
      %     Niveau    Discriminance      |   |              ·      111111111
2*    12      4.15      0.30             |   |            111111111
4     02      3.78      0.30             |   |  1111111111  ·
1     81     -9.57      0.18             |   |11            ·
3     05      0.00      0.00             |   |              ·
-----------------------------------------|   |              ·
L'inspecteur tient à interroger tout le  |   |              ·
monde, sans ______ de personne.          |   |              ·
1)     exception                         |0.5|·············· ·················
2)     acception                         |   |              ·              4
3)     (Au choix, mais de préférence 1)  |   |              ·           2222
4)     (Au choix, mais de préférence 2)  |   |              ·      44422
                                         |   |              ·    22222
                                         |   |              44222
                                         |   |         2222222
                                         |   |  4422222     ·
                                         |   |2222          ·
Un petit groupe parmi les meilleurs valide la question. Quelques-uns, 2%, hésitent et l'écrasante majorité, 81%, choisit exception, sans doute faute de connaître acception. Le terme est rare, peu usité où que ce soit (de 9 à 20% selon les régions), sauf dans son emploi en sémantique (50%). Il n'est connu que par la frange supérieure des groupes, au Québec, au Mali, au Burundi (pas de chiffres pour la France).

On voit ici une ressemblances de forme (ac / ex) doublée d'une ressemblance de sens pour la phrase en contexte. Cela favorisait l'hésitation. Mais l'ignorance de la locution faire acception de personne est le fait de la majorité où que ce soit. Locution archaïsante, à n'utiliser qu'à bon escient. L'éviter sera plus sûr.

Peut-être une fouille sur Google aurait-elle pu donner des résultats comparables à ces analyses sur sondages soigneusement calibrées? Quels seraient les avantages et inconvénients de ces deux méthodes?
L'inspecteur tient à interroger tout le monde, sans ______ de personne.
1 exception
2 acception
3 (Au choix, mais de préférence 1)
4 (Au choix, mais de préférence 2)
Réaction 11


En fouillant sur Google, on trouve (le 23-9-02) 85 occurrences pour faire acception de personne, souvent dans un contexte religieux (utilisation de la citation évangélique). L'expression faire exception (suivie de à) est employée vingt fois plus souvent! L'échantillon de Google est donc deux fois moins disposé que le nôtre à accepter acception. Ce que la fouille ne peut pas donner, c'est la qualité des répondants (l'ordre des strates).

Voulez-vous vérifier ces observations sur un terme rare de type juridique?
La ______ des stocks de machines agricoles de la compagnie peut prendre des mois.
1 licitation
2 liquidation
3 (N'importe)
4 (Selon le sens)
Réaction 12


Le terme juridique étant peu connu, les quatre cinquièmes du groupe optent pour le terme financier (d'autant plus que la parenté sonore peut laisser croire à une paronymie) mais la strate supérieure du groupe connaît licitation et trouve Selon le sens. Ici encore, connaissance du vocabulaire et connaissance du monde (l'aspect lexical et l'aspect sémantique) vont de pair. Cet exemple est en somme très semblable au précédent. Google le confirme : 84600 occurrences de liquidation et 1240 de licitation. Mais ce que Google ne peut donner, c'est les strates, leur niveau, et la validité des variantes. On ne peut savoir si elles sont formées des meilleurs ou des pires dans le groupe.

Trouver le terme juste, on le voit, n'est pas, comme à l'école, une question de norme à appliquer de l'extérieur, selon des listes de "Ne dites pas... Mais dites..." Certes, il y aura toujours des "prévenir d'avance" (pléonasme) et des mobil-homes (anglicismes) à éviter, mais le terme juste demande à être repensé en connaissance de cause, il reste le résultat d'un choix personnel dû à des circonstances précises, non seulement du côté du référent, mais du côté aussi du public visé, sans parler de l'histoire personnelle du locuteur (ses lectures... ses amis... ses études...) On se prend à rêver d'une Bourse des mots, qui informe tous et chacun des valeurs actuelles, des nuances, et des compétences.

Cette introduction méthodologique permettra d'aborder divers types de problèmes et d'y proposer des solutions.

Variation sur racine lexicale.

Quel est le verbe qui correspond au substantif oppression?
Pendant la guerre, l'ennemi ______ les populations des territoires occupés.
1 opprimait
2 oppressait
3 (N'importe)
4 (Autre chose)
Il fallait du courage au ______ pour accepter de plaider la cause d'un assassin.
1 défendeur
2 défenseur
3 (N'importe)
4 (Selon le sens)
Ton histoire de clé perdue est à peine _______.
1 croyable
2 crédible
3 (Au choix, mais de préférence 1)
4 (Au choix, mais de préférence 2)
Réaction 13


QCM 3624                                 100%|              ·
Lot Québec    Cycle 18         Valide    |   |              ·              4
      %    Niveau    Discriminance       |   |              ·         442221
1*    59     -0.43      0.62             |   |              ·    4422222111
2     18     -1.48      0.54             |   |              · 44422   11
-     02     -1.62      0.53             |   |              44222  111
4     07     -2.23      0.50             |   |            4422   11
3     15      0.00      0.00             |   |         44422·  11
-----------------------------------------|   |       44 -2  ·11
Pendant la guerre, l'ennemi ______ les   |   |     44 -22   1
populations des territoires occupés.     |50%|···44··22···11················
1) opprimait                             |   |  4 -22    1  ·
2) oppressait                            |   |44-22    11   ·
3) (N'importe)                           |   | -2    11     ·
4) (Autre chose)                         |   |22    1       ·
                                         |   |    11        ·
                                         |   |  11          ·
                                         |   |11            ·
Quelle raideur magnifique dans ces courbes, hautement significatives! Plus de la moitié, et ce sont aussi les plus habiles, optent pour la bonne réponse prévue (discriminance remarquablement élevée). La distinction du sens propre et du sens figuré de l'oppression est donc un des points qui départagent le mieux les sous-groupes, et qui peut leur faire faire le plus aisément des progrès.

Mêmes courbes avec la question suivante.


QCM 3639                                 100%|              ·
Lot Québec    Cycle 0          Valide    |   |              ·      444444441
      Pr        Br        Ar        Fr   |   |              · 44444111111112
2*    0.51     -0.08      0.68      0.99 |   |            4444   11     222
1     0.36     -2.43      0.50      0.98 |   |         444  · 111     22
4     0.08     -3.86      0.47      0.93 |   |       44     11     222
3     0.05      0.00      0.00      0.90 |   |    444     11·    22
-----------------------------------------|   |  44     111  ·   2
Il fallait du courage au ______ pour     |   |44     11     ·  2
accepter de plaider la cause d'un        |   |    111       ·22
assassin.                                |50%|··11··········2···············
1) défendeur                             |   |11          22·
2) défenseur                             |   |           2  ·
3) (N'importe)                           |   |         22   ·
4) (Selon le sens)                       |   |       22     ·
                                         |   |      2       ·
                                         |   |    22        ·
                                         |   |  22          ·
                                         |   |22            ·
Ceux qui optent pour défendeur, deuxième strate, ne connaissent pas la latence du terme, ses actants implicites. L'avocat défend la cause de son client mais le client, lui, est l'accusé, il doit se défendre. Dès lors, ceux de la 3e strate (rép.4), vu leur faiblesse, la connaissent encore moins et n'ont suivi que la pente de leur hésitation, que partagent ceux de la strate suivante. On peut penser que les plus habiles du groupe ont davantage fréquenté les tribunaux!

La troisième QCM est aussi sur un doublet (deux mots qui ont la même étymologie).

Ici, les deux mots se recoupent par la racine, ayant eu une formation distincte (cr + e long qui s'est diphtongué en o+i puis a continué à évoluer pour aboutir à wa au XVIIIe siècle). Tirant parti de toutes les différences de forme qu'elle peut se donner, la langue en a spécialisé les emplois. Le concept de "ce que l'on peut croire" s'est divisé en deux acceptions impliquant des actants différents. Bien que nous n'ayons pas encore de statistiques, les deux formes sont bien attestées et toujours actuelles : sur Google, crédible, 59300; croyable, 6220) avec leurs sens distincts. On ne peut douter de l'utilité de ces distinctions.

Synonymie et famille.

Il y a des mots de même son (homonymes, paronymes) et des mots de même sens (synonymes). Mais il y a aussi des mots de même famille (de même racine lexicale). Prenez n'importe quels mots entre lesquels on doit choisir, beau et joli. Sont-ils homonymes, synonymes, paronymes, ou de la même famille?
Il s'agit à présent de ______ le débat par un vote de tous les congressistes.
1 clôturer
2 clore
3 (N'importe)
4 (Autre chose)
La lutte contre l'incendie dépend beaucoup de la rapidité avec laquelle on a pu donner _______.
1 l'alerte
2 l'alarme
3 (N'importe)
4 (Selon le sens)
Réaction 14


Ils ne sont ni homonymes ni paronymes. Ils sont à peu près synonymes. Ils ne sont pas de la même famille.

La racine claud- (fermer) a donné clore, clôture, clé, clou, inclure, exclure, conclure, clause, cloison, écluse, perclus, reclus, etc. Ayant la même racine (le même groupe de sons lié à un sens précis depuis le début), ces mots sont de la même famille. Ceci sera explicité au module 11. La parenté de sens (parasynonymie) est due ici à une parenté historique, une origine commune (même étymologie).

Il n'en va pas exactement de même pour alerte et alarme. Alerte vient de l'italien all'erta, «(être) sur ses gardes» où erta désigne un escarpement qui peut servir de refuge (latin erigere). Alarme est un appel à se saisir d'une arme, formé d'un groupe syntaxique qui constitue le cri lui-même (conformément à la théorie d'O. Ducrot, selon laquelle les énoncés proviennent des énonciations). Racines distinctes et pourtant, même fonction énonciative, d'où la synonymie (partielle). Ils sont paronymes par les mots grammaticaux à l' en début de syntagme (communs à plus d'une langue romane).

Mais ils ne sont synonymes que dans certains cas. Ce ne sont pas les étymologies mais les emplois possibles qui distinguent les éléments de sens. On sonne l'alarme ou l'alerte, qui sont des signaux (cri ou sirène). On donne l'alerte ou l'alarme qui sont des états où l'on prévoit le pire. Mais l'état d'alarme est plus fort que l'état d'alerte. Alerter, c'est attire l'attention mais alarmer soulève de l'inquiétude. Alerte est aussi qualificatif avec un sens positif (agile, fringant) tandis que l'alarme pourrait faire couler des larmes (attraction paronymique, fausse étymologie).

Il y a donc une histoire des mots qui ne tient pas toujours compte des frontières nationales. On consultera l'ouvrage monumental de Walther von Wartburg : Französisches Etymologisches Wörterbuch (25 vol.: mot par mot, 20 siècles d'évolution et de changements de sens selon les régions).

Quand se trouve-t-on dans la situation de devoir trouver des synonymes?
Lors de sa dernière mission à New York, un ami, attaché d'ambassade, m'a laissé entendre que toute la population de notre pays soutenait le parti unique. ______ ne me rassure(nt) guère.
1 Ce soutien
2 Des propos aussi optimistes
3 Ces allégations
4 Une telle naïveté
Ils ont proposé une solution mais ___________ tous les problèmes.
1 cette solution n'est pas la solution de
2 cette disposition n'est pas la résolution de
3 celle-ci ne résout pas
4 (Autre chose)
Réaction 15


Deux mots peuvent-ils être totalement synonymes? Connaissez-vous deux parfaits synonymes?
Si vous entreposez de l'eau dans un récipient poreux, celle-ci __________.
1 suinte
2 transsude
3 exsude
4 (N'importe)
Tout le monde se méfie de Pierre dans le quartier; on dit qu'il aime ________.
1 la duplicité
2 la combine
3 le complot
4 (N'importe)
Aux éventaires ____ les olives, les tapis aux couleurs chatoyantes, les maroquineries et mille autres articles.
1 voisinaient
2 se côtoyaient
3 se tenaient compagnie
4 (Au choix mais de préférence 1)
Réaction 16


Pouvez-vous maintenant identifier et même définir la synonymie (ou la parasynonymie)?
Si l'on devait trouver un ______ au recueil de Miron, la Marche à l'amour, le plus approprié serait simplement: Images poétiques.
1 synonyme
2 titre
3 (N'importe)
4 (Autre chose)
Des mots de sens analogue qui diffèrent cependant par des nuances, comme par exemple épée/glaive sont des ____onymes.
1 hom
2 par
3 syn
4 ant
Réaction 17


Les anglicismes pourraient-ils avoir cela de bon de produire de la synonymie ou des termes spécifiques dans certains domaines?
Choisissez un cours de logique: ce sont des ______ à plusieurs cours de deuxième année.
1 prérequis
2 préalables
3 (Au choix mais de préférence 1)
4 (Au choix mais de préférence 2)
Quand les limites des villes voisines se rejoignent, on parle de ______.
1 megalopolis
2 mégalopole
3 concentration urbaine
4 (Au choix mais de préférence 2)
Il y a des indices qui semblent ____teurs d'un nouvel handicap.
1 annoncia
2 prédic
3 (Au choix mais de préférence 1)
4 (Au choix mais de préférence 2)
L'ascenseur fonctionnait encore, mais il n'y avait pas ________.
1 de liftier
2 d'opérateur
3 de garçon
4 (N'importe)
Réaction 18


On aurait pu dériver un nom de fonction de la racine latine mais lift est plus court et le succès est plus justifié, malgré la consonance étrangère, du fait que c'est le terme le plus précis. La racine est d'ailleurs aussi implantée comme nom avec un sens si précis que la traduction en est difficile : «occasion de monter dans une voiture qui se rend où l'on va». Mentionnons aussi, dans le domaine des soins de beauté, lifting, pour lequel le Journal officiel de la République propose remodelage.

Opérateur est plus général et garçon plus encore. On comprend que l'anglicisme ait pu s'implanter en France (pas au Québec). L'histoire d'un mot est liée à son degré de commodité et de précision. Il y a du jeu sur la généralité et l'abstraction.

Préférez-vous dénomination ou appellation?
La société Sonibec compte engager un linguiste afin de réviser ________ de ses produits.
1 l'appellation
2 la dénomination
3 (N'importe)
4 (Selon le sens)
Réaction 19


L'un appartient à la famille d'appel, l'autre à celle de nom. Il y a un sens central, commun aux deux, mais avec appellation, il s'agit plutôt d'un usage déjà établi pour des objets («comment ça s'appelle»); avec dénomination, d'un choix de nom (et à cause du mot nom, on pense d'abord à un nom de personne).

On voit une fois de plus que les synonymes sont partiels. Ils ont une aire de recouvrement limitée et des aires distinctes. Le contenu de celles-ci vient des usages (sens courants), donc des besoins, mais il est souvent lié au sens fondamental, celui des racines lexicales. Ces mouvements se font entre les trois pôles définis plus haut : 1 le réel environnant (concret et particulier, qui domine dans la dénomination propre, par le nom propre, qui prend la majuscule); 2 le contenu sémantique, plus abstrait, analysable, obtenu par comparaisons entre les choses à dire et les mots disponibles; 3 les vocables disponibles et les racines lexicales, qui réunissent des famille de mots.

Le terme lexical permet au locuteur d'agir en réunissant trois types de données : le monde, les idées et les mots.

Les formes lexicales.

Les questions de choix des formes lexicales en fonction des nuances de sens ont certainement beaucoup plus d'importance que l'orthographe mais elles sont plus insaisissables, plus difficiles à corriger, ou à enseigner. Pourtant, la sémantique, comme l'orthographe, a ses règles. Mais commençons par quelques notions essentielles de lexicologie.

Comment découper un mot en parties significatives?
Tiens! manges-en. L'ananas est un fruit ______.
1 digestible
2 digeste
3 (N'importe)
4 (Selon le sens)
Réaction 20


On détache avant tout la racine lexicale, porteuse du sens. Exemple. Dans aimablement, seul AIM- est une racine lexicale, susceptible d'être imaginée, traitée sémantiquement. Le reste, -ABLE- et -MENT, ce sont des suffixes, des parties de mot dont le rôle est seulement grammatical.

On sait que les suffixes -ABLE, -IBLE, -UBLE indiquent la possibilité de ce dont parle le noyau (recevable, lisible) et que -MENT est la marque de nombreux adverbes de manière. Toutefois, le même morceau sonore, MENT, pourrait servir comme noyau dans d'autres mots! Voilà qui oblige à faire la différence requise, car MENT, dans mental ou dans mentir contient cette fois des éléments de sens. Dans mentalement et mensongèrement, les deux ment sont présents simultanément. Comment faut-il s'y prendre quand on cherche à identifier la racine d'un mot lexical?
Réaction 21


Longueur : environ une syllabe. Situation : au centre d'un mot graphique. Propriété : elle génère une famille. Définition : elle donne du contenu. Ainsi, il faut avoir isolé des noyaux lexicaux, à valeur sémantique, si l'on veut faire des comparaisons de contenu. Exemple : on peut comparer MENT- et AIM- sémantiquement, voir s'il y a des points communs (ce sont deux actions qui établissent une relation avec quelqu'un) et des points distincts (l'une éloigne, l'autre rapproche). On peut aussi, du fait de leur contenu sémantique, combiner les deux idées, se dire que l'on doit parfois mentir pour protéger ceux qu'on aime, ou encore que l'on ne devrait pas mentir à ceux qu'on aime... Cette fois, on est en pleine opération dans le domaine du sens, on assemble des sèmes. La sémantique comme la lexicologie s'occupe des mots mais elle étudie les nuances de sens, en fonction des catégories de forme, et non plus les nuances de forme en fonction des catégories de sens.

Revenons à la lexicologie, aux nuances de forme. Y a-t-il autre chose, dans un mot, que sa racine?
La tendre____ de sa viande en a fait un boucher renommé.
1 té
2 sse
3 (Selon la nuance de sens)
4 (Autre chose)
Elle ne se rendait pas compte que tout le monde ne peut pas vivre dans l'innocence ______.
1 originelle
2 originaire
3 originale
4 (Selon le sens)
Å chaque inondation, les installations portuaires sont ________.
1 immergées
2 submergées
3 (N'importe)
4 (Selon le sens)
Il est si agréable, en Turquie, de flâner le long des ______, dans les ruelles commerçantes.
1 éventaires
2 inventaires
3 (N'importe)
4 (Autre chose)
Réaction 22


Outre la racine, il y a les préfixes (au début), les suffixes et la terminaison (ou désinence). Dans encourager, on a EN-, préfixe, qui n'est pas la racine lexicale -COURAG-, mais qui lui est plus immédiatement lié que la terminaison -ER, car il contribue au sens alors que la terminaison ne concerne que le contexte (la catégorie grammaticale ou l'environnement).

Comparons rhinoplastie (opération de façonnement du nez) et plasti-culture (culture agricole avec l'aide de film en plastique). On y observe le même morphème, placé respectivement à la fin puis au début (préfixe). Dans les deux cas, il a une valeur sémantique. Le trait d'union indique une composition nouvelle, relativement récente. Le e final est une terminaison, il est dépourvu de valeur sémantique. Il ne sert qu'à indiquer un nom féminin. Les préfixes, bien qu'ils soient souvent pris dans un sens plus large, sont proches des racines. Ce n'est pas le cas des suffixes. Quelle différence voyez-vous entre des dérivés (mots de même racine mais de suffixes distincts) et des composés?
L'assurance lui a déjà versé les _______ du vol dont il a été victime.
1 dommages-intérêts
2 dommages et intérêts
3 (Au choix, mais de préférence 1)
4 (Au choix, mais de préférence 2)
L'homme se présenta devant la porte, sortit de sa poche trois laisse____ et les montra au portier.
1 rs-passers
2 r-passer
3 r-passers
4 z-passer
Le vasistas ne laissait filtrer qu'un ______.
1 jour douteux
2 demi-jour
3 faux-jour
4 contre-jour
Réaction 23


Le mot composé a plus d'une racine. Pour les délimiter, on a parfois recours au trait d'union. Celui-ci est la marque graphique de la composition de mot. Il est possible, en effet, de combiner deux noms. Exemple: plateau-repas. Les deux noms feront corps l'un avec l'autre en vue de désigner un seul référent. C'est ce qui définit lexicalement le mot composé. Le groupe réunit en un nouvel ensemble sémantique certains éléments tirés des deux composantes. Le résultat est l'équivalent d'un nouveau nom, auquel on peut alors ajouter un qualificatif. Exemple mi-temps pédagogique. Toutes ces manières de former des mots viennent du besoin, collectif, de fixer l'un à l'autre un sens et une forme, de marquer dans les formes des différences de sens, et de pouvoir ainsi communiquer plus immédiatement qu'avec des périphrases.

Deux ouvrages sont ici à recommander. D'abord, le Robert méthodique (1618p.), qui donne, pour 34 290 mots, le lexique non spécialisé, comment faire leur découpage et en classer les acceptions. Il contient aussi des notices sur tous les préfixes et suffixes.

Dans la même collection des usuels du Robert, le Dictionnaire des mots contemporains, de Pierre Gilbert (739p.) donne la néologie journalistique, preuves à l'appui : de larges extraits de presse.

Quant au vocabulaire spécialisé le plus actuel, il se trouve notamment dans les publications du Conseil international de la langue française (Cilf). Voir par exemple le Dictionnaire de termes nouveaux des sciences et des techniques (605p.) ou le cédérom . Sur internet, on consultera le dictionnaire universel francophone en ligne (Hachette et AUPELF-UREF)

http://www.francophonie.hachette-livre.fr/

ou le grand dictionnaire terminologique de l'Office de la langue française

http://www.granddictionnaire.com/

La forme, le sens, l'étymologie, la formation, les analogues, les acceptions... cela suffit-il à déterminer le choix d'un mot? Ne faut-il pas aussi, voire même avant tout, tenir compte des habitudes langagières de ses interlocuteurs du moment?
L'adresse est un numéro de ______ postale.
1 case
2 boîte
3 (N'importe)
4 (Selon le sens)
L'essai que je projette sur la langue au Québec pourrait s'intituler la Langue ________.
1 canadienne-française
2 française du Canada
3 québécoise
4 (Selon le contexte)
Réaction 24


Il faut savoir que les mots que l'on choisira seront compris par les interlocuteurs suivant leurs habitudes et leur système conceptuel mais cette contrainte n'est pas une impasse car eux aussi vont tenter de saisir en fonction de ce qu'ils devinent des habitudes et du système (les champs sémantiques) du locuteur.

Prépondérance de l'usage.

L'Office de la langue française recommande l'emploi de case postale (abrégé en C.P.) au Québec, même si l'usage français a préféré boîte postale (abrégé en B.P.) A-t-on raison de se rapprocher de boîte aux lettres (1835) ou vaudrait-il mieux s'en éloigner (les cases étant dans un casier)? La question ne se pose plus, car l'usage est roi, même s'il diffère d'un continent à l'autre.

Comment appelez-vous ceux qui passent avec le malade, à l'hôpital, une partie de la journée? Des accompagnateurs?
Les accompagn___ du malade à l'urgence n'ont pas besoin de s'identifier.
1 ateurs
2 ants
3 (N'importe)
4 (Autre chose)
Les honoraires des deux consultants vont-ils ______ notre budget?
1 grever
2 crever
3 (N'importe)
4 (Selon le sens)
Il a parlé vite et d'une manière ______.
1 incompréhensible
2 inintelligible
3 (N'importe)
4 (Selon le sens)
Réaction 25


On dit plus souvent des accompagnants. Il faut admettre que la tendance est forte (84% en France, 76% au Québec) pour accepter accompagnateur; déjà bien implanté dans d'autres domaines (tourisme), mais comme cette majorité est composée de ceux qui se trompent le plus souvent, mieux vaut faire confiance à ceux qui ont préféré autre chose. Les accompagnants se répand de plus en plus mais sans doute pour spécialiser le terme. L'usage n'est rien d'autre que ce qui reste dans l'inconscient linguistique collectif de l'accumulation des utilisations effectives.


QCM  230757                   # 1149     |100%              ·
Lot Québec    Cycle 17         Valide    |   |              ·
Rép.     %      Niveau    Discriminance  |   |              ·
4*      26      1.66      0.41           |   |              ·
3       10      0.86      0.45           |   |              ·
2       07      0.43      0.48           |   |              ·           2222
1       58      0.00      0.00           |   |              ·         22   3
-----------------------------------------|   |              ·        2  3334
Il a parlé vite et d'une manière ______. |   |              ·      22 33444
1)     incompréhensible                  |   |              ·    2233344
2)     inintelligible                    |50%|················22233444······
3)     (N'importe)                       |   |              2233344
4)     (Selon le sens)                   |   |            2233444
                                         |   |         2223344
                                         |   |       2233344·
                                         |   |    22233444  ·
                                         |   |  3344444     ·
                                         |   |4444          ·
Dans les deux choix, on observe un suffixe -ible. Dans les deux choix aussi, il y a des préfixes, le in- de la négation ("impossible à comprendre") et le int- de l'intériorité (en latin, "dans") ou le com (latin, "avec"). La grande différence est le noyau lexical : prehendere = prendre, legere = lire. Les origines étymologiques n'accusent pas de différence nette. De toute façon, c'est l'usage actuel qui fixe le sens. Mais seulement le quart des répondants ont vu une nuance. Existe-t-elle réellement? Pas pour les répondants qui forment la deuxième strate, en tout cas (rép.3, N'importe). Quant à la majorité, elle rejette carrément l'un des deux termes. Faut-il se rallier à cette solution de facilité? Situation qui paraît inextricable alors qu'elle est au contraire très révélatrice : comme à la bourse, les valeurs des choix fluctuent selon les niveaux de compétence.

D'ailleurs même l'allure sonore ou graphique du mot, sa consistance, peuvent jouer, et même contre l'étymologie. Le cas classique à citer ici est compendieusement, qui voulait dire «en résumé» (latin : compendium), donc «brièvement». Déjà dans les Plaideurs de Racine il a pris le sens de «minutieusement», «savamment» et, en définitive «longuement»!

Que diriez-vous : «Rien de neuf à cette nouvelle voiture» ou «Rien de nouveau à cette voiture neuve»?
Moi, je ne m'intéresse qu'aux ________.
1 livres neufs
2 nouveaux livres
3 livres nouveaux
4 (Selon le sens)
Réaction 26


Neuf, qui vient de novus, a été trouvé court (et équivoque avec 9), en sorte que nouveau, qui vient de novellus, diminutif de novus, a pris de l'importance. Or la différenciation s'est effectuée par la consistance vocale (comme dans le cas de compendieusement), en sorte que c'est nouveau qui a pris le sens le plus fort.

Les sémioticiens ont créé le terme de signifiance pour désigner cette capacité de la forme du mot de créer du sens. On a même vu un courant littéraire poursuivre l'exploration du sens par des paronymies successives (V. notamment Ph. Sollers, Paradis).

Mais si l'usage se laisse contaminer par les apparences sonores, et que la poésie en fait son beurre, cela n'impressionne pas les censeurs. Il y a des mots condamnés (même s'ils sont de plus en plus employés)! Utiliseriez-vous contacter?
L'université McGill aurait ______ sept de nos collègues pour les recruter.
1 approché
2 contacté
3 pris contact avec
4 (Selon la nuance de sens)
Å son comptoir de crèmes glacées, notre épicier annonce cinq ______.
1 saveurs
2 parfums
3 essences
4 (N'importe)
Réaction 27


QCM  60825                    # 1739     |100%              ·
Lot  EQ6voc   Cycle 17         Valide    |   |              ·
Rép.     %      Niveau    Discriminance  |   |              ·
3*      26      1.60      0.41           |   |              ·
4       28     -0.69      0.15           |   |              ·
1       16     -3.76      0.14           |   |              ·
2       30      0.00      0.00           |   |              ·         111111
-----------------------------------------|   |              1111111111     3
L'université McGill aurait ______ sept   |   |       1111111·      44444333
de nos collègues pour les recruter.      |   |1111111       4444444   33
1)     approché                          |50%|·········44444·······333······
2)     contacté                          |   |  4444444     ·    33
3)     pris contact avec                 |   |44            · 333
4)     (Selon la nuance de sens)         |   |              33
                                         |   |            33·
                                         |   |         333  ·
                                         |   |    33333     ·
                                         |   |3333          ·
Contacter est dans plusieurs dictionnaires, mais l'Académie l'a énergiquement condamné en 1965. Synonymes: entrer en contact avec, prendre contact avec, se mettre en rapport avec, toucher.

L'usage est centralisé, officiellement soumis à l'avis de quarante «académiciens» depuis 1636 (le cardinal de Richelieu, artisan de l'unité politique). C'est là un des fleurons de la civilisation française aux yeux du monde, aucune nation ne s'étant mêlée de contrôler l'évolution de sa langue avec autant de soin.

Élitisme? La masse des emplois administratifs et commerciaux de contacter est devenue écrasante. Si anglicisant qu'il soit, c'est un mot qu'il est devenu impossible de combattre.

La supériorité de l'usage sur les emplois d'origine saute encore plus aux yeux quand elle semble aller à l'encontre du sens fondamental. Ainsi, saveur et parfum s'opposent comme relevant, l'un, du goût; l'autre, de l'odorat. Et pourtant...


QCM  60829                    # 1111     |100%              ·
Lot Québec   Cycle 17         Valide    |   |              ·
Rép.     %      Niveau    Discriminance  |   |              ·              3
2*      18      2.41      0.39           |   |              ·           333
-       01      2.40      0.38           |   |              ·         33
4       22      0.53      0.47           |   |              ·      333     4
3       11     -0.05      0.73           |   |              ·    33     444
1       48      0.00      0.00           |   |              ·   3     44
-----------------------------------------|   |              ·  3   444
Å son comptoir de crèmes glacées, notre  |   |              ·33  44        2
épicier annonce cinq ______.             |50%|··············3·444·······222·
1)     saveurs                           |   |             344        22
2)     parfums                           |   |            44·      222
3)     essences                          |   |         444  · ---22
4)     (N'importe)                       |   |       443    22222
                                         |   |    4443    22·
                                         |   |  4433322222  ·
                                         |   |4422222       ·
                                         |   |22            ·
Tout vient du fait que les compagnies d'aliments peu naturels introduisent des produits chimiques provoquant des impressions plus olfactives que gustatives. Mais le public a emboîté le pas. Après tout, l'essence sert parfois à aromatiser et dégage donc du parfum. Du goût à l'odeur, il n'y a que la distance de ceux qui sont attablés à ceux qui aspirent (à s'y trouver à leur tour). D'autres penseront que c'est la limite entre l'extérieur et l'intérieur (du corps) qui est brouillée. Dans la manducation et l'ingestion, les choses sont obligées à nous rendre leur essence : c'est une vibration dans le temps, complexe, évanescente. Le goût accentue le parfum, qui était un avant-goût : l'intériorité vibrante des corps accessibles par l'air.

Précision et rareté.

Trouver des termes rares est la voie de la précision dans la pensée. La précision ne doit pas aller au-delà de l'utile mais elle est un gage d'authenticité, comme le concret. Elle est donc généralement bien accueillie. En voici quelques exemples auxquels vous pourrez ajouter vos commentaires en indiquant encourues, probation, scrutateur, embauchoir, surannés ou arrhes.
Ton copain ne pense pas, lui, qu'en refusant de répondre demain au surveillant, tu ______ tant de reproches.
1 doives encourir
2 encourras
3 vas encourir
4 (Selon la nuance de sens)
Vu vos diplômes et votre expérience, votre ________ ne durera que trois mois.
1 période de probation
2 période probatoire
3 stage
4 (N'importe)
Quand ________ ouvrit l'urne, on le surveilla de près.
1 le scrutateur
2 l'officier rapporteur
3 le président d'élection
4 (Selon le sens)
Avant de ranger tes souliers vernis, il faut y placer des ______.
1 formes
2 embauchoirs
3 (Au choix, mais de préférence 2)
4 (Selon le sens)
Alpha n'avait aucun plaisir à se sentir élégant et à la mode. Il portait ________.
1 des vêtements vétustes
2 des vêtements surannés
3 de vieux vêtements
4 des vêtements désuets
Je paierai le tout au moment de la livraison du lave-vaisselle; mais en attendant, je peux vous verser ________.
1 des arrhes
2 un acompte
3 une avance
4 (N'importe)
Réaction 28


Probation est moins courant qu'en anglais mais semblera d'autant plus précis.

Scrutateur est courant depuis la langue classique et naturellement relié à scrutin. C'est la famille de scruter, "regarder avec une attention soutenue, chercher les moindres détails".

Embauchoir.


QCM  60444                    # 1067     |100%              ·
Lot  EQ6voc   Cycle 17         Valide    |   |              ·
Rép.     %      Niveau    Discriminance  |   |              ·              4
3*      25      1.70      0.41           |   |              · ---4444444444-
1       18      0.35      0.50           |   |       --4444444444          1
2       35     -4.25      0.18           |   |--4444444     ·      22222111
4       14     -8.12      0.18           |   |44            2222222   11
-       01    -11.45      0.13           |   |         22222·      111     3
+       07      0.00      0.00           |   |  2222222     ·    11     333
-----------------------------------------|   |22            ·   1     33
Avant de ranger tes souliers vernis, il  |50%|················11···333······
faut y placer des ______.                |   |              11   33
1)     formes                            |   |            11· 333
2)     embauchoirs                       |   |         111  33
3)     (Au choix, mais de préférence 2)  |   |       11   33·
4)     (Selon le sens)                   |   |    111  333  ·
                                         |   |  1133333     ·
                                         |   |3333          ·
Bien que le terme rare ne soit pas toujours exactement le bon, il est accepté pour son allure générale, et le groupe valide une préférence pour celui-ci. Confirmation par Google : 143 occurrences pour embauchoir le 23-9-2002. La plupart sont dans le champ de l'usage personnel mais un sens technique, pour la fabrication de la chaussure, est également présent.

Suranné.

À Liège comme au Québec, la question est validée avec suranné comme meilleur choix. Sans doute est-ce le terme le plus éloigné de "à la mode" alors que vieux et vétuste peuvent être écartés aisément. Écarter désuet est plus difficile. Il est presque toujours utilisé comme synonyme de suranné. Le terme rare est plus coloré et plus fort.

Arrhes.

La graphie avec h fait curieux mais le terme est très ancien, il ne remonte pas seulement au latin (arrabo-onis), mais de là au grec, et de là aux langues sémitiques. C'est aussi ancien que le commerce : «ajouter une somme qui garantisse une commande». La question est validée au Québec. Toutefois, à Paris et à Liège, la préférence va à acompte. On dira que l'opposition est mince puisque les deux termes sont acceptés de part et d'autre mais pourquoi les Québécois préfèrent-ils arrhes, terme plus rare et plus précis? Savent-ils que les arrhes ont la propriété de ne pas engager l'acheteur au paiement de la somme totale, qu'elles permettent le désistement (sans récupération toutefois)? L'acompte, en revanche, implique un contrat signé sur lequel on ne pourra revenir. Sans doute est-ce comme toujours une question d'usage sans plus. Le mot arrhes est peut-être moins courant en Europe? Ou bien les répondants, qui sont de jeunes élèves, n'ont pas encore d'expérience dans la locations d'immeuble ou l'achat de meubles. Le sens des termes est aussi tributaire des circonstances d'utilisation. Les idiolectes et les sociolectes sont inclus dans les régiolectes.

Quand doit-on prendre la peine de chercher des synonymes?
Il serait dans l'équipe de football. C'était une bonne manière de ______, disaient ses parents.
1 s'affranchir
2 s'enhardir
3 se déniaiser
4 s'aguerrir
Réaction 29


Quand les termes prévus sont trop courants, trop généraux ou qu'on cherche à éviter les périphrases verbeuses.



Les particularités du sens ou «acceptions».

Comment s'y prendre pour départager les analogues? En cherchant à discerner ce qui peut les réunir ou les opposer?
Ah ce professeur de gymnastique! Il ne nous laisse pas ___________.
1 souffler
2 respirer
3 reposer
4 (N'importe)